La tradition apostolique… démodée?
Steve
Atkerson
Imaginons un instant qu’une église
nouvellement formée lors du premier siècle dans la ville d’Alexandrie en Égypte
ait écrit une lettre aux douze apôtres à Jérusalem et que cette église soit
composée de croyants d’origine juive qui ont entendu l’évangile lors d’une
visite à Jérusalem. De retour à Alexandrie, ils ignorent comment s’organiser
pour s’engager dans la bonne marche d’une
église. Ainsi dans leur lettre ils
adressent une série de questions concernant la vie de l’église:
Chers Apôtres…
·
Pour quelle raison est-il important de nous réunir à titre de
disciple de Christ?
·
Que devrions-nous faire
lors de nos réunions d’église?
·
Combien de fois
devrions-nous nous réunir?
·
Le lieu de la rencontre
est-il important?
·
Devons-nous construire un
temple comme à Jérusalem ou du moins une synagogue?
·
Quel genre de structure
devrions-nous avoir pour diriger l’église?
·
Quelles qualités
devrions-nous retrouver chez nos responsables?
·
Avons-nous vraiment besoin
de responsables?
·
Quel est le but du repas du
Seigneur?
·
Combien de fois
devrions-nous le prendre (une fois par année, à Pâques)?
·
Devrions-nous prendre un
vrai repas ou simplement avoir un rituel symbolique?
Comment croyez-vous que les douze
auraient répondu? Auraient-ils répondu que chaque église est libre de ce
qu’elle veut faire? Que chaque congrégation, indépendamment, doit prier et
suivre la direction de l’Esprit Saint? Que chaque assemblée doit être unique,
différente, et libre de toute influence apostolique? Ou auraient-ils répondu
par une série d’instructions des plus spécifiques pour la vie d’église? Avec
une manière précise de faire les choses? Dans un ordre déterminé? Avec des
directives claires et précises?
Cette même
situation s’est présentée aux croyants depuis deux mille ans. Comment l’église
d’aujourd’hui devrait-elle comprendre les façons néotestamentaires de vivre
l’église? Comme étant un modèle dépassé? Les principes de l’église primitive
sont-ils simplement facultatifs, ou sont-ils impératifs pour nous? La tradition
apostolique est-elle simplement une page d’histoire ou devrait-elle représenter
la norme pour l’église?
Le problème
de l’église est complexe car le Nouveau-Testament ne dit presque rien de très
impératif concernant l’église. Par conséquent, il est fréquent de voir les
croyants considérer le modèle d’église néotestamentaire comme étant facultatif.
Fee et Stuart dans “How to read
the Bible for all its worth”
affirment: «nous prétendons, comme beaucoup d’autres, que si l’Écriture ne nous
dit pas très clairement de faire quelque chose, ce qui est simplement raconté
ou décrit ne peut s’appliquer comme étant une norme».[1] Personne ne préconiserait l’exemple tragique de
Jephté raconté dans Juges 11. La question pour nous est de savoir si l’Écriture
nous indique clairement que nous devons reproduire les façons de faire de
l’église qu’on retrouve dans le Nouveau Testament.
Supposons que
nous acceptons le principe que le modèle d’église du Nouveau Testament ne doit
pas être normatif. Vers quoi cela nous conduirait-il?
1.
Nous pourrions construire
d’imposantes cathédrales
2.
Nous pourrions nous réunir
le mardi plutôt que le dimanche, Jour du Seigneur.
3.
Nous pourrions nous réunir
mensuellement au lieu de le faire à chaque semaine.
4.
Nous pourrions choisir de
n’avoir aucun responsable (aucun pasteur, aucun ancien, aucun diacre)
5.
Nous pourrions n’avoir
aucune forme quelconque de gouvernement d’église puisque aucune forme
particulière de gouvernement n’est commandée dans les Écritures. Chaque homme
pourrait faire ce qui lui semble juste à ses yeux comme cela était au temps des
Juges (Jg 21.25)
6.
Le repas du Seigneur
pourrait être célébré à tous les 10 ans (pour ne pas que cela soit trop
routinier et perde ainsi toute signification)
7.
Puisque le Nouveau
Testament ne l’interdit pas, nous pourrions gonfler nos rangs de nouvelles
adhésions en baptisant des enfants en bas âge, ou peut-être même baptiser des
morts (1 Cor 15.29).
8.
Les nouveaux croyants
pourraient être organisés en groupes d’étude de la bible plutôt qu’en église
officielle puisque le Nouveau Testament ne dit pas que nous devons former des
églises.
Évidemment,
cette église hypothétique serait tout à fait absurde. Cependant, elle ne
violerait aucun commandement formel des Écritures. Il manquerait néanmoins
l’adhésion partielle aux traditions de l’église néotestamentaire quant aux
pratiques de vie dans l’église. La plupart des églises suivent en partie le modèle
du Nouveau Testament. Notre question doit être: Pourquoi ne pas suivre la
totalité du modèle biblique?
Ce livre est
un plaidoyer en faveur de la conformité dans l’Église. Nous croyons que les
apôtres avaient une vision très précise et particulière pour structurer les
églises. Nous sommes convaincus qu’ils voulaient que toutes les assemblées
suivent ces mêmes traditions apostoliques aussi longtemps que l’église
existerait.
Il y a
certains fondements sur lesquels toutes véritables églises doivent porter leur
attention, qu’elles soient méthodistes, presbytériennes, baptistes,
pentecôtistes, anglicanes ou quoi que ce soit d’autre. Ces fondations sont la
formation de disciple (Mat. 28.18-20), la croissance et le perfectionnement des
saints (Ep 4.11-16), l’encouragement dans l’amour par
l’exercice des dons spirituels (1 Co 12.11-14) et la célébration du Repas du
Seigneur (1 Co 11). Le point que nous désirons souligner est que les apôtres
étaient dans le meilleur contexte pour atteindre ces objectifs, ceci est le
modèle parfait pour établir nos églises.
Dans 1
Corinthiens 4.16-17, nous lisons que Paul avait prévu d’envoyer Timothée à
Corinthe. Timothée devait rappeler aux Corinthiens le style de vie de Paul afin
qu’ils l’imitent. Le contexte de ce passage était la fidélité de Paul dans son
ministère et son humilité à titre d’apôtre. Paul écrivit donc «Je vous en
conjure donc, soyez mes imitateurs. Pour cela je vous ai envoyé Timothée, qui
est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur; il vous rappellera quelles
sont mes voies en Christ, quelle est la manière dont j’enseigne partout dans
toutes les Eglises.»
Notons
l’uniformité des pratiques soulignées par les paroles de Paul. Sa façon de
vivre en Christ était identique à ce qu’il avait enseigné dans chaque église où
il ;était passé. Paul
montrait une grande intégrité. Une tradition conforme au style de vie de Paul
s’est développée à partir de son enseignement. Sa foi déterminait son
comportement. Sa doctrine a naturellement déterminé son action. De la même
manière, la foi des apôtres quant à la fonction de l’église a certainement
influencé la manière dont les églises étaient organisées (la forme dépend de la
fonction). Bien que l’importance directe de 1 Corinthiens 4 ne soit pas
directement liée aux pratiques de l’église, imiter les pratiques des apôtres
concernant la vie d’église semble être un choix judicieux pour n’importe quel
groupe de croyants.
S’il y avait
vraiment quelqu’un qui comprenait le but de l’église, c’étaient sûrement les
premiers apôtres. Ils ont été choisis et personnellement formés par Jésus
pendant trois ans. Après sa résurrection, notre Seigneur leur est apparu
pendant une période de 40 jours (Actes 1.3). Finalement, Jésus leur a envoyé
l’Esprit Saint pour leur apprendre les choses qu’Il ne leur avait pas
enseignées encore (Jn 14.16). Ainsi, quel que soit ce que Jésus a enseigné à
ses apôtres au sujet de l’église s’est naturellement retrouvé dans la manière
dont ils organisèrent les églises.
Dans Tite
1.5, un passage traitant du sujet de l’église, Paul affirme «Je t’ai laissé en
Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler» Le premier chapitre
de Tite traite de la nomination des anciens dans chaque ville. Il est évident par
ce passage que les apôtres avaient un plan défini quant à ce qui regarde
l’église. Il n’a pas été laissé au soin de chaque assemblée d’organiser
l’église à sa guise. Il est évident qu’un modèle défini a été établi et suivi
dans l’organisation des églises. De même dans 1 Corinthiens 11.34 (passage
traitant du Repas du Seigneur), Paul a dit«Je
réglerai les autres choses quand je serai arrivé.»
Le théologien
baptiste J. L. Dagg a écrit en 1858 que les apôtres
«nous ont enseigné l’exemple quant à la manière d’organiser et de diriger les
églises. Nous n’avons aucun droit de rejeter leurs directives et prétendre
arbitrairement n’être liés que par des ordres formels à ce sujet. Au lieu de
choisir notre propre voie selon notre bon vouloir, nous devrions prendre plaisir
à marcher dans les pas tracés par ces saints hommes de qui nous avons reçu
Dans 1
Corinthiens 10.31-11.1, de nouveau Paul encourage les Corinthiens en leur
disant «Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ.» Le contexte
de ce passage traite de l’importance de chercher les intérêts des autres, ce
qui glorifie Dieu et les amène au salut. Le mot «imitateurs» (1 Co 11.1), en
grec mimatai, qui est la racine du verbe imiter. Paul désirait que les
croyants l’imitent à cet égard. Apparemment les Corinthiens le faisaient très
bien puisque dans le verset suivant il dit «je vous loue de ce que vous vous
souvenez de moi en toutes choses, et de ce que vous gardez les enseignements,
comme je vous les ai donnés.» (1 Co 11.2)
Que veut dire
ici «enseignement»? Le mot grec régulièrement utilisé pour enseigner est didaskalia (base du mot didactique), mais dans ce passage
ce n’est pas le mot utilisé. Au lieu de cela, le mot paradosis
(tradition) est employé ici. Gordon Fee précise que
le mot grec pour tradition, «paradosis», est un terme
technique dans le judaïsme pour la tradition orale de l’institution religieuse.
Dans ce contexte, il est certain que le mot ne se rapporte pas à l’enseignement
mais plutôt aux traditions religieuses concernant le culte[3]. La tradition est habituellement considérée
comme des coutumes ou certaines manières de faire les choses. C’est un modèle
de façon de penser ou d’agir qui nous a été transmis. Une définition populaire
pourrait être «des choses que les gens font régulièrement». Ce même mot en grec
est utilisé sous la forme de verbe dans 1 Corinthiens 11.23 concernant la
pratique du Repas du Seigneur (ce que je vous ai transmis). Le point est que la
tradition doit être une chose (habituellement une pratique, telle que le Repas
du Seigneur) qui soit transmise. En 1 Corinthiens 11, nous voyons l’apôtre
louer une église pour son attachement aux traditions.
Considérons
le mot “tous” que Paul a utilisé dans 1 Corinthiens 11.2. Il signifie «tout ce
qui existe», ou, à tout le moins, «tout ce qui concerne le sujet». Lorsque Paul
a écrit ‘tous’ (1 Co 11.2) quels sujets avait-il à l’esprit? L’utilisation de
ce mot suggère que l’application prévue par Paul était plus grande que le sujet
traité dans 1 Corinthiens 10.31 à 11.1 (l’évangélisation). Se peut-il que le
mot “tous” englobe également l’idée de l’ordre dans l’église? Très
certainement! L’éloge que Paul fait au verset 2 lui sert d’introduction pour
parler d’un nouveau sujet: la tête voilée (11.3-16). Ce nouveau sujet est
réellement une pratique de l’église. (Le sujet de ce chapitre n’est pas de
traiter de l’application correcte de ce passage traitant du voile, mais de
souligner que ce qui était approprié pour l’église d’alors l’est encore pour
nous aujourd’hui).
Que suggère
l’utilisation de l’expression «telles que» (11.2) en regard de leur soumission
aux traditions de Paul? Ils ont adhéré à chaque iota: c’était en sorte un genre
de photocopie! Il n’y avait aucune hésitation de leur part. Paul les a
félicités parce qu’ils ont gardé les traditions telles que transmises par lui.
Les apôtres ont évidemment établi certaines traditions pour qu
elles soient reproduites telles quelle (par exemple le voile). Notons que le
mot «traditions» est au pluriel. Paul avait à l’esprit plus que le respect du
port du voile[4]. Devons-nous
n’obéir qu’a cette tradition seulement, ou devons-nous suivre tous les modèles
traitant de l’organisation de l’église qui se trouve dans les pages du Nouveau
Testament?
La loi
mosaïque était, dans sa nature même, un modèle à suivre (un paradigme) . C’était une jurisprudence.
Seuls quelques exemples de lois ont été prises
en note par Moïse à titre de modèle. On s’attendait à ce que le croyant
applique le modèle à d’autres secteurs de la vie qui ne sont pas spécifiquement
mentionnés. Par exemple, les coins des champs devaient être en partie non
moissonnés pour que les pauvres puissent se nourrir. Rien n’est mentionné quant
aux plantations d’oliviers. Cela veut-il dire que la responsabilité de nourrir
les pauvres n’incombait qu’aux producteurs de blé alors que le producteur
d’olives pouvait cueillir toutes ses olives? Certainement pas. Chaque
cultivateur, peu importe sa récolte devait laisser une partie de sa moisson
pour satisfaire les besoins des pauvres. De même, nous croyons que la tradition
apostolique est, dans sa nature même, un paradigme. Si nous constatons que les
apôtres étaient heureux lorsque les églises suivaient les traditions
spécifiques (telles que le port du voile), alors nous devons nous appliquer à
mettre en application le modèle apostolique dans la mise en place des églises.
Un paradoxe
intéressant peut être observé concernant la tradition. Le mot paradosis utilisé par Paul dans 1 Corinthiens 11.2 est
également utilisé par Jésus dans Matthieu 15.1-3 lorsqu’il dit aux pharisiens
«Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre
tradition?» Jésus a repris les pharisiens à propos de leur tradition alors que
Paul bénit les Corinthiens qui suivent la tradition des apôtres. La tradition
des pharisiens transgressait le commandement de Dieu. La tradition apostolique
par contre se conforme aux commandements de Dieu. Elle respecte les
commandements de Jésus. Donc, l’attachement aux traditions des apôtres est
digne de louange tout comme Paul fait l’éloge des Corinthiens ( 1 Co 11.2). Nous devons être
vigilants pour ne pas développer nos propres traditions d’église qui aurait
pour effet de nous empêcher de faire la volonté de Dieu et de respecter les
commandements du Seigneur.
Paul a évité
la controverse concernant le port du voile en faisant appel à la pratique
universelle de toutes les églises. «Si quelqu’un se plaît à contester, nous
n’avons pas cette habitude, non plus que les Églises de Dieu.» (1 Co 11.16).
Cette affirmation met un terme à toute discussion et insiste sur le fait que
Paul s’attendait à ce que toutes les églises fassent pareillement. De réaliser
qu’il n’y avait qu’une seule église qui agissait différemment de toutes les
autres suffit à clore la discussion. De toute évidence, on avait déjà insisté
sur l’importance de la conformité concernant certaines pratiques dans toutes
les églises du Nouveau Testament. Par conséquent, 1 Co 11:16 réaffirme ce caractère
de conformité.
Dans 1
Corinthiens 14.33b-34 (un autre passage traitant de la pratique de la vie
d’église), Paul mentionne un autre élément qui doit être vrai universellement:
«Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées».
Indépendamment de l’application que nous faisons de ce verset, notons que Paul
fait encore appel au devoir d’obéissance au modèle universel qui existe dans
toutes les églises.
En
conclusion, notons comment Paul réprimande les Corinthiens en 1 Corinthiens
14.36, «Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie? ou est-ce à vous seuls qu’elle est
parvenue?» La réponse aux deux questions est évidemment: non! Ceci indique de
nouveau une uniformité quant à la pratique parmi les églises du Nouveau
Testament. Les Corinthiens ont été tenté
d’agir de manière différente des autres églises. Évidemment, on s’attendait à
ce que toutes les églises agissent en conformité aux pratiques de réunion
d’église. Ces deux questions ont été soulevées pour amener les Corinthiens à
s’aligner sur toutes les autres églises. L’attachement aux traditions
apostoliques (le modèle d’église du Nouveau Testament) devait avoir un
caractère universel et nous soutenons qu’il doit en être de même aujourd’hui.
Watchman
Nee, un croyant chinois a écrit dans son livre The
Church and the Work: Rethinking
the Work «Le livre des Actes est la genèse de
l’histoire de l’Église et l’église à l’époque de Paul est la genèse du travail
du Saint-Esprit. Nous devons retourner aux sources. Seul ce que Dieu a
déterminé comme modèle au début de l’Église est la volonté éternelle de Dieu.
Ceci est le standard de Dieu, notre modèle pour toutes les générations. Il a
révélé Sa volonté, non seulement en ordonnant mais aussi en agissant dans Son Eglise de sorte qu’à travers les siècles de nouveaux
croyants pourrons tout simplement regarder au modèle et reconnaître Sa volonté.[5]
«Réjouissez-vous
toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. Que votre douceur
soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de
rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières
et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui
surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et
vos pensées en Jésus-Christ.» (Phil 4.4-7). L’idée principale de ce passage est
de se réjouir dans le Seigneur ce qui nous amènera la paix de Dieu
indépendamment des circonstances.
Dans les
versets suivants, l’église des Philippiens se voit
donner la recette pour que le Dieu de paix soit avec eux. Ceci peut être aussi
vrai pour les églises d’aujourd’hui. Paul leur dit «Au reste, frères, que tout
ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui
est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est
vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. Ce que vous avez
appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et
le Dieu de paix sera avec vous.» (Phil 4.8-9).
Les Philippiens ont été enseignés de mettre en pratique ce
qu’ils ont appris, reçu, entendu ou vu de la part de Paul (Phil 4.9). La
première application est d’imiter le modèle d’humilité que Christ nous a
laissé, c'est-à-dire mettre notre prochain en premier et de se réjouir dans le
Seigneur. Par extension, pourrions-nous inclure cette manière d’être que nous
trouvons dans le Nouveau Testament au sujet de l’organisation des églises? La
manière dont les apôtres ont organisé les premières églises est clairement
démontrée dans les Écritures. Dévier de la tradition apostolique à ce sujet est
tout comme passer à coté des bénédictions de Dieu.
Serait-il possible que les communautés chrétiennes qui modelaient leur vie en
église sur celle des apôtres puissent jouir davantage de la paisible présence
de Dieu?
En 2
Thessaloniciens 2.15, on demande ceci à l’église de Thessalonique: «demeurez
fermes, et retenez les instructions que vous avez reçues, soit par notre
parole, soit par notre lettre.» Nous voyons ici que les Thessaloniciens ont été
spécifiquement commandés de garder la tradition des apôtres qui leur a été communiquée
tant oralement que par écrits dans les Écritures. Aujourd’hui, les douze ne
sont plus ici pour nous parler en personne. Cependant, nous avons les lettres
qu’ils ont écrites qui nous font
connaître leurs enseignements (le Nouveau Testament). Le contexte de 2
Thessaloniciens, chap. 2 traite des événements des derniers jours et non
spécifiquement de la pratique de l’église. Pourtant le mot «enseignements»
(traditions) est au pluriel; l’auteur avait à l’esprit beaucoup plus que la
doctrine traitant de la deuxième venue de Christ. Est-ce que ça ne
s’appliquerait pas également aux traditions concernant l’ordre dans l’église
tel que défini dans le Nouveau Testament?
Il est
intéressant de remarquer que le mot «traditions» dans les versions françaises
de Darby et Ostervald est traduit par
«enseignements». Ceci s’explique par le fait qu’une tradition (paradosis) peut inclure un enseignement (didaskalia), et que le contexte immédiat fait allusion à la
tradition orale des apôtres traitant des derniers jours (2 Th 2.1-12).
Cependant, la version Louis Second le traduit par «instruction» et plusieurs
versions anglophones tel que King James, l’American Standard version,
Une attitude
semblable est mentionnée dans 2 Thessaloniciens 3.6-7a, «nous vous
recommandons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus–Christ, de vous éloigner
de tout frère qui vit dans le désordre, et non selon les instructions que vous
avez reçues de nous. Vous savez vous–mêmes comment il faut nous imiter». Le
contexte se réfère spécifiquement ici à l’attitude à prendre à l’égard d’une
personne qui vit dans le désordre et la paresse. Içi,
la tradition fait référence à la pratique plus qu’à une doctrine. Les apôtres
désiraient clairement que les églises suivent leurs traditions. Devrions-nous
ne limiter ces traditions bibliques que nous suivons présentement qu’à
l’eschatologie et à des habitudes de travail?
Roger Willians, fondateur de l’état américain du Rhode Island et de la première église baptiste en Amérique
(vers 1600) est un autres exemple de leader chrétien qui croyait que les
églises devraient s’efforcer de suivre le plus possible le modèle du Nouveau Testament[6]. Cette conviction de
William l’amena à fonder la colonie du Rhode Island
sur le modèle du Nouveau Testament où l’église et l’état sont deux choses
séparées.
Comment
pourrions-nous conclure à propos du désir de Dieu concernant l’adhésion de
votre église au modèle du Nouveau Testament pour la pratique de la vie
d’église? Ils nous semblent que ce qui a été pratiqué couramment en matière de
vie d’église dans le Nouveau Testament devrait être pratiqué dans les églises
d’aujourd’hui. Ce modèle de pratique de vie d’église explique peut-être le
dynamisme de l’église primitive qui fait cruellement défaut à l’Église
d’aujourd’hui.
Si
Quelles sont
les traditions apostoliques évidentes et bibliques que l’église d’aujourd’hui
devrait encore observer? Souvenez-vous, en lisant l’énumération de celles-ci,
qu’elles font consensus dans toutes les dénominations quant à la façon dont
l’église primitive fonctionnait:
1.
Le Repas du Seigneur qui
consiste en un repas fraternel complet (1 Co 11.17-34) pris hebdomadairement
(Actes 20,7 et 1 Co 11.17-22) dont c’était la raison principale pour se réunir
(Actes 20.7 et 1 Co 11.33).
2.
Des réunions où tous
participaient en toute liberté (1 Co 14.26,37,
Hé 10.24-25) avec pour but l’édification, l’encouragement et la communion
fraternelle (Actes 2.42, 1 Co 14.3-5,12,26 Héb 10,24-25.
3.
Gestion de l’église par
consensus: les anciens ne contrôlent pas l’église; ils la dirigent (Lc 22.24-27
et 1 P 5.1-4). De plus, il doit y avoir plusieurs anciens, tous des hommes et
sans hiérarchie entre eux, issus de l’église locale et ayant une attitude de
serviteur (1 Tim 3.1-7)
4.
Des églises de dimension
familiale où prédomine une attitude d’unité avec les membres ainsi qu’avec les
autres communautés chrétiennes (Ro 16.5, Col 4.15 et Phlm
2), Il n’y a rien de magique dans le fait de se réunir dans une maison. C’est
ce qui s’y passe qui est important, et ce type d’environnement donne de bien
meilleurs résultats. La norme du Nouveau Testament est d’avoir plusieurs
petites églises plutôt que des grosses églises.
5.
Se réunir régulièrement le
Jour du Seigneur (Mt 28.1-7, Actes 20.7, 1 Co 16.1-4 et Ap 1.9-11, le premier
jour de la semaine en l’honneur de la résurrection de Jésus.
6.
La présence des enfants
avec leurs parents lors de la réunion d’église (Mt 19.13-15, Lc 2.41-50, Actes
21.5, Ép 6.1-3 et Col 4.16). Ainsi, les églises favorisent l’union plutôt que
la division de la famille.
7.
Une communauté de croyants
enracinés dans leur milieu qui peut facilement avoir une communion fraternelle
quotidienne. (Actes 2.42-47)
8.
Une église qui se multiplie
et qui se forme grâce au ministère d’ouvriers itinérants tels des apôtres, des
docteurs, des pasteurs ou des évangélistes (Ép 4.11-13). De tels ouvriers
peuvent s’adresser à des rassemblements beaucoup plus grands que l’église
locale, non pas dans le but de remplacer celle-ci mais plutôt de la soutenir
Répétons-le,
notre but est de plaider pour la conformité de l’Église. La plupart des églises
suivent déjà certaines de ces traditions mais pas toutes les traditions, hélas!. De nouveau, nous nous demandons:
pourquoi? Le but de notre exposé s’adresse à ceux qui s’éloignent du modèle
néotestamentaire et non pas à ceux qui désirent le suivre. Cette conformité est
particulièrement importante puisque les apôtres s’attendaient à ce que toutes
les églises suivent la tradition tel qu’ils l’avaient reçue (1 Co 11.2).
Pour que
l’église ait un impact dans la société il est vital qu’elle soit d’abord une
église vivante. Jésus est venu afin que nous ayons la vie, et que nous l’ayons
en abondance (Jn 10.10). Une bouteille de vin a très peu de valeur si elle est
vide. De même, la pratique de la vie d’église sans l’Esprit est une coquille
vide. C’est comme du bois sec bien cordé mais sans feu. Jésus est la vigne,
nous sommes les sarments. Sans lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15.15). Il
serait insensé de chercher à projeter une image parfaite à l’extérieur tout en
négligeant ce qui est essentiel – une relation quotidienne avec le Seigneur
ressuscité. Jésus est
Une tentation
pour ceux qui possèdent réellement la vie véritable en Jésus est de croire
qu’ils sont libres de l’exprimer à leur guise. Ayant le plus important (le vin)
ils se croient assez compétents pour décider de choses secondaires comme la
forme de la bouteille qui doit contenir le vin. Ils croient que l’Esprit leurs
a donné la liberté de déterminer la forme que doit prendre l’expression de la
vie intérieure. D’être liés par la tradition apostolique est à leurs yeux une
manière d’agir comme les singes. Dès que quelqu’un est en Christ, disent-ils,
il est libre de vivre cette vie en Christ comme bon lui semble. Pourtant, Jésus
lui-même nous a mis en garde contre le danger de mettre le vin dans un
contenant inapproprié au risque de perdre le contenu (Mat. 9:17). Savons-nous
mieux organiser l’église que les apôtres? Paul a spécifiquement dit «Si
quelqu’un croit être prophète ou inspiré, qu’il reconnaisse que ce que je vous
écris est un commandement du Seigneur.» (1 Co 14.37)
Y a-t-il des
exceptions justifiables aux modèles du Nouveau Testament ? Oui. A titre
d’exemple prenons le sabbat, «Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme
pour le sabbat» (Mc 2.27). De la même manière, les gens sont plus importants
que l’adhésion ferme et rigide au modèle du Nouveau Testament. A propos des
exceptions, le pasteur Beresford Job de Londres nous mets en garde en disant
«Nous devons nous assurer que nous ne laisserons pas les exceptions devenir la
nouvelle norme à cause de circonstances particulières. Prenons par exemple le
baptême d’eau. Bien que la façon de faire n’est pas précisément définie dans
les Écritures, nous savons comment l’église primitive le pratiquait (une autre
tradition apostolique). C’était par immersion (c’est ce que signifie le mot
grec baptizo). Le baptême dans le Nouveau Testament
se faisait par l’immersion complète du croyant dans l’eau faisant immédiatement
suite à une profession de foi au Seigneur Jésus. Mais supposons qu’une personne
quadraplégique, clouée au lit, vienne au Seigneur. Le baptême par immersion
serait clairement hors de question. Dans cette situation précise, il serait
plus approprié d’envisager un autre mode de baptême. Bien que non scripturaire,
ce serait fait dans le même esprit que celui de la tradition apostolique.
Cependant, rien de ce nous venons de dire peut s’appliquer au baptême d’une
personne bien portante. La manière traditionnelle serait alors utilisée de
façon conforme à la volonté du Seigneur.
Darryl Erkel, ardent défenseur d’un renouveau dans l’Église a
soulevé avec justesse le «danger de faire du modèle du Nouveau Testament une
forme de légalisme qui nous amènerait à nous éloigner de nos frères dans la foi
parce qu’ils ne font pas les choses tout à fait de la manière que nous jugeons
appropriée. Nous devrions toujours faire attention de ne pas laisser croire à
d’autres que leur église est dans l’erreur ou que Dieu les met à l’écart parce
qu’ils ne suivent pas le modèle apostolique. Ce ne serait que pur orgueil de
notre part. Nous devons chercher des occasions pour démontrer avec respect
qu’il y a une meilleure façon de faire – une manière qui favorise une meilleure
croissance spirituelle des enfants de Dieu et que cela permet un meilleur
fonctionnement de l’église en appliquant le modèle de l’Église du Nouveau
Testament.
Si
Il y a une
grande différence entre garder la tradition apostolique et reproduire de
manière irréfléchie tout ce que l’on voit dans le Nouveau Testament (porter des
sandales et des toges, écrire sur des parchemins, lire avec des lampes à
l’huile etc.) Le point important est de placer notre attention sur les
pratiques de l’église du Nouveau Testament. Nous devons également éviter de
créer des modèles qui ne se trouvent pas dans le Nouveau Testament. Prenons par
exemple le chapitre 4 des Actes où les chrétiens mettaient tout en commun. Ce
fut un événement unique vécu dans une seule église. C’est une option pour les
croyants de tous âges d’en faire l’expérience mais ce n’est ni une directive,
ni un modèle biblique
· Dieu dirige
par le modèle biblique (tradition) aussi bien que par les principes bibliques
(enseignement).
· Les modèles
concernant la vie de l’église sont clairement définis dans le Nouveau Testament
et doivent être respectés par les églises à travers l’histoire.
· La
tradition apostolique (tel que décrite dans
· Les plus
importantes traditions de la vie d’église du Nouveau Testament sont le Repas du
Seigneur hebdomadaire pris dans le cadre d’un véritable repas fraternel (1 Co
11), les réunions régulières de l’église où tous participent (1 Co 14), la
gestion de l’église par consensus (les anciens qui dirigent et non qui imposent
leurs règles (Luc 22.24-26) et enfin, que les rencontres d’église se font dans
les maisons (Ro 16.5).
· Suivre le
modèle du Nouveau Testament ne signifie pas de suivre aveuglément la culture romaine
(comme porter des toges, écrire sur des parchemins, s’éclairer avec des lampes
à l’huiles, etc…) Ce dont nous parlons ici c’est de la vie pratique de l’église
de maison. Il doit y avoir des raisons évidentes pour soutenir le principe
d’attachement aux traditions apostoliques.
· Suivre le
modèle du Nouveau Testament ne veux pas dire que toutes les églises se doivent
d’être identiques. Il doit y avoir, bien sûr, une liberté à l’intérieur du
cadre de base (voir le 4ième point ci-haut).
· Les églises
de maison du N.T. ne mettent pas l’emphase sur les programmes d’enseignement ou
sur la construction de bâtiments comme dans les églises conventionnelles. Pour
cette raison, certains ont affirmé de manière erronée que les églises de maison
sont mal organisées. La fidélité au Seigneur et à sa Parole a comme conséquence
l’apparition de groupes de croyants qui vivent l’église telle que Dieu le veut.
Les églises de maison peuvent ne pas être institutionnelles mais elles se
doivent d’être organisées. Suivre les traditions établies par les apôtres
signifie qu’il doit y avoir des responsables clairement identifiés, des
réunions régulières et ordonnées, une théologie solide et appropriée, une
discipline appliquée dans l’église et le repas du Seigneur célébré à chaque semaine.
· Si Christ
n’est pas au centre de la vie d’église, ces modèles ne sont que légalisme,
formules creuses, coquilles vides (Jn 15:5) Nous avons besoin d’utiliser les
outres appropriées pour y mettre le vin, mais plus important encore, nous avons
besoin d’un excellent vin. Cependant, ces deux éléments fondamentaux doivent
agir simultanément car l’un sans l’autre mène à la catastrophe (Lc 5:36-38).
Souvenons-nous
de la citation précédente des professeurs Fee et
Stuart disant que ce qui est simplement relaté ou décrit ne peut jamais
fonctionner d'une manière normative ? Dans la deuxième édition de leur livre,
ils ont légèrement modifié cette affirmation qui se lit maintenant comme suit:
« à moins que les Écritures nous indiquent explicitement que nous devons faire
quelque chose, ce qui est seulement relaté ou décrit ne fonctionne pas d'une
manière normative - à moins qu’on puisse démontrer par des faits nouveaux que
l'auteur voulait qu’il en soit ainsi». Nous avons essayé de démontrer que les
apôtres voulaient en effet que les églises se conforment au modèle de vie en
église qu’ils avaient transmis.
Pour quelle
raison la majorité des responsables d’église n’ont-ils pas choisi de suivre le
modèle biblique de l’église primitive? Est-ce parce qu’après avoir étudié les
textes bibliques que nous avons cités ici, ils ont rejeté la compréhension que
nous en avons ? Nous constatons que dans les séminaires on attache peu
d’importance au rôle que devraient jouer les traditions apostoliques.. Nous croyons que les pasteurs
ont simplement adopté les traditions historiques héritées de leurs
dénominations. Beaucoup d'églises aujourd'hui se sont retranchées dans les
traditions culturelles d'église qui ont été développées après la fin de l'ère
apostolique. Dans tels cas, il y a danger d’invalider la tradition inspirée des
apôtres au profit d’une tradition plus moderne (Mt 15.1-3).
Nous
partageons les sentiments de Jim Elliot, missionnaire et martyr qui a écrit:
«le point central de tout ce débat tient à savoir si Dieu a, oui ou non, révélé
un modèle universel pour l’église dans le Nouveau Testament. Si Dieu ne l’a pas
fait, alors n’importe quoi fera l’affaire, d’abord que cela fonctionne. Mais je
suis convaincu que cette Église, chose si chère au cœur de Christ, Son Épouse,
n’aurait pu être laissée sans instructions explicites quant à son organisation.. Je suis encore plus convaincu
que le 20e siècle n’a nullement tenté d’imiter ce modèle dans sa façon d’amener
les gens à vivre l’église Si Dieu a un modèle pour l’église, il m’incombe de le
trouver et de l’établir, quel qu’en soit le prix».[7]
Steve Atkerson
traduction Sylvain
Bigras
[1] Gordon Fee & Douglas
Stuart, How To Read The Bible For All Its Worth, 1st ed. (Grand Rapids, MI:
Zondervan, 1982), 97
[2] J.L. Dagg, Manual of Theology: A Treatise on
Church Order (Harrisonburg, VA: Gano Books, 1990),
84-86.
[3]Gordon Fee, New International Commentary on the New Testament, The First Epistle to The
Corinthians (Grand Rapids, MI: Wm. B. Eerdmans Publishing Co., 1987), 499.
[4] (Ibid, p. 500).
[5] Watchman Nee, The Normal
Christian Church Life (Colorado Springs, CO: InternationalStudents
Press, 1969), 8-9.
[6] Edwin Gaustad,
[7] Elizabeth Elliot, Shadow of The
Almighty: Life and Testimony of Jim Elliot (SanFrancisco,
CA: Harper & Row, 1989), 138-139.