Ils persévéraient dans l’enseignement
des apôtres, dans la communion
fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières.
|
Édition
du 14 novembre 2007 |
||
Steve Atkerson
Imaginons un instant qu’une église nouvellement formée
lors du premier siècle dans la ville d’Alexandrie en Égypte ait écrit une
lettre aux douze apôtres à Jérusalem et que cette église soit composée de croyants
d’origine juive qui ont entendu l’évangile lors d’une visite à Jérusalem. De
retour à Alexandrie, ils ignorent comment s’organiser pour s’engager dans la
bonne marche d’une église. Ainsi dans leur lettre ils adressent une série de
questions concernant la vie de l’église:
Chers Apôtres…
·
Pour
quelle raison est-il important de nous réunir à titre de disciple de Christ?
·
Que
devrions-nous faire lors de nos réunions d’église?
·
Combien
de fois devrions-nous nous réunir?
·
Le
lieu de la rencontre est-il important?
·
Devons-nous
construire un temple comme à Jérusalem ou du moins une synagogue?
·
Quel
genre de structure devrions-nous avoir pour diriger l’église?
·
Quelles
qualités devrions-nous retrouver chez nos responsables?
·
Avons-nous
vraiment besoin de responsables?
·
Quel
est le but du repas du Seigneur?
·
Combien
de fois devrions-nous le prendre (une fois par année, à Pâques)?
·
Devrions-nous
prendre un vrai repas ou simplement avoir un rituel symbolique?
Comment croyez-vous que les douze auraient répondu?
Auraient-ils répondu que chaque église est libre de ce qu’elle veut faire? Que
chaque congrégation, indépendamment, doit prier et suivre la direction de
l’Esprit Saint? Que chaque assemblée doit être unique, différente, et libre de
toute influence apostolique? Ou auraient-ils répondu par une série
d’instructions des plus spécifiques pour la vie d’église? Avec une manière
précise de faire les choses? Dans un ordre déterminé? Avec des directives
claires et précises?
Cette même situation s’est présentée aux croyants depuis
deux mille ans. Comment l’église d’aujourd’hui devrait-elle comprendre les
façons néotestamentaires de vivre l’église? Comme étant un modèle dépassé? Les
principes de l’église primitive sont-ils simplement facultatifs, ou sont-ils
impératifs pour nous? La tradition apostolique est-elle simplement une page
d’histoire ou devrait-elle représenter la norme pour l’église?
Le problème de l’église est complexe car le
Nouveau-Testament ne dit presque rien de très impératif concernant l’église.
Par conséquent, il est fréquent de voir les croyants considérer le modèle
d’église néotestamentaire comme étant facultatif. Fee et Stuart dans “How to
read the Bible for all its worth” affirment: «nous prétendons, comme beaucoup d’autres,
que si l’Écriture ne nous dit pas très clairement de faire quelque chose, ce
qui est simplement raconté ou décrit ne peut s’appliquer comme étant une norme».[1] Personne ne préconiserait l’exemple tragique de Jephté
raconté dans Juges 11. La question pour nous est de savoir si l’Écriture nous
indique clairement que nous devons reproduire les façons de faire de l’église
qu’on retrouve dans le Nouveau Testament.
Supposons que nous acceptons le principe que le modèle
d’église du Nouveau Testament ne doit pas être normatif. Vers quoi
cela nous conduirait-il?
1.
Nous
pourrions construire d’imposantes cathédrales
2.
Nous
pourrions nous réunir le mardi plutôt que le dimanche, Jour du Seigneur.
3.
Nous
pourrions nous réunir mensuellement au lieu de le faire à chaque semaine.
4.
Nous
pourrions choisir de n’avoir aucun responsable (aucun pasteur, aucun ancien,
aucun diacre)
5.
Nous
pourrions n’avoir aucune forme quelconque de gouvernement d’église puisque
aucune forme particulière de gouvernement n’est commandée dans les Écritures.
Chaque homme pourrait faire ce qui lui semble juste à ses yeux comme cela était
au temps des Juges (Jg 21.25)
6.
Le
repas du Seigneur pourrait être célébré à tous les 10 ans (pour ne pas que cela
soit trop routinier et perde ainsi toute signification)
7.
Puisque
le Nouveau Testament ne l’interdit pas, nous pourrions gonfler nos rangs de
nouvelles adhésions en baptisant des enfants en bas âge, ou peut-être même
baptiser des morts (1 Cor 15.29).
8.
Les
nouveaux croyants pourraient être organisés en groupes d’étude de la bible
plutôt qu’en église officielle puisque le Nouveau Testament ne dit pas que nous
devons former des églises.
Évidemment, cette église hypothétique serait tout à fait
absurde. Cependant, elle ne violerait aucun commandement formel des Écritures.
Il manquerait néanmoins l’adhésion partielle aux traditions de l’église
néotestamentaire quant aux pratiques de vie dans l’église. La plupart des
églises suivent en partie le modèle du Nouveau Testament. Notre question doit
être: Pourquoi ne pas suivre la totalité du modèle biblique?
Ce livre est un plaidoyer en faveur de la conformité dans
l’Église. Nous croyons que les apôtres avaient une vision très précise et
particulière pour structurer les églises. Nous sommes convaincus qu’ils
voulaient que toutes les assemblées suivent ces mêmes traditions apostoliques
aussi longtemps que l’église existerait.
Il y a certains fondements sur lesquels toutes véritables
églises doivent porter leur attention, qu’elles soient méthodistes,
presbytériennes, baptistes, pentecôtistes, anglicanes ou quoi que ce soit
d’autre. Ces fondations sont la formation de disciple (Mat. 28.18-20), la
croissance et le perfectionnement des saints (Ep 4.11-16), l’encouragement dans
l’amour par l’exercice des dons spirituels (1 Co 12.11-14) et la célébration du
Repas du Seigneur (1 Co 11). Le point que nous désirons souligner est que les
apôtres étaient dans le meilleur contexte pour atteindre ces objectifs, ceci
est le modèle parfait pour établir nos églises.
Dans 1 Corinthiens 4.16-17, nous lisons que Paul avait
prévu d’envoyer Timothée à Corinthe. Timothée devait rappeler aux Corinthiens
le style de vie de Paul afin qu’ils l’imitent. Le contexte de ce passage était
la fidélité de Paul dans son ministère et son humilité à titre d’apôtre. Paul
écrivit donc «Je vous en conjure donc, soyez mes imitateurs. Pour cela je vous
ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur; il
vous rappellera quelles sont mes voies en Christ, quelle est la manière dont
j’enseigne partout dans toutes les Eglises.»
Notons l’uniformité des pratiques soulignées par les
paroles de Paul. Sa façon de vivre en Christ était identique à ce qu’il avait
enseigné dans chaque église où il ;était passé. Paul
montrait une grande intégrité. Une tradition conforme au style de vie de Paul
s’est développée à partir de son enseignement. Sa foi déterminait son
comportement. Sa doctrine a naturellement déterminé son action. De la même
manière, la foi des apôtres quant à la fonction de l’église a certainement
influencé la manière dont les églises étaient organisées (la forme dépend de la
fonction). Bien que l’importance directe de 1 Corinthiens 4 ne soit pas
directement liée aux pratiques de l’église, imiter les pratiques des apôtres
concernant la vie d’église semble être un choix judicieux pour n’importe quel
groupe de croyants.
S’il y avait vraiment quelqu’un qui comprenait le but de
l’église, c’étaient sûrement les premiers apôtres. Ils ont été choisis et
personnellement formés par Jésus pendant trois ans. Après sa résurrection,
notre Seigneur leur est apparu pendant une période de 40 jours (Actes 1.3).
Finalement, Jésus leur a envoyé l’Esprit Saint pour leur apprendre les choses
qu’Il ne leur avait pas enseignées encore (Jn 14.16). Ainsi, quel que soit ce
que Jésus a enseigné à ses apôtres au sujet de l’église s’est naturellement
retrouvé dans la manière dont ils organisèrent les églises.
Dans Tite 1.5, un passage traitant du sujet de l’église,
Paul affirme «Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste
à régler» Le premier chapitre de Tite traite de la nomination des anciens dans
chaque ville. Il est évident par ce passage que les apôtres avaient un plan
défini quant à ce qui regarde l’église. Il n’a pas été laissé au soin de chaque
assemblée d’organiser l’église à sa guise. Il est évident qu’un modèle défini a
été établi et suivi dans l’organisation des églises. De même dans 1 Corinthiens
11.34 (passage traitant du Repas du Seigneur), Paul a dit«Je réglerai les
autres choses quand je serai arrivé.»
Le théologien baptiste J. L. Dagg a écrit en 1858 que les
apôtres «nous ont enseigné l’exemple quant à la manière d’organiser et de
diriger les églises. Nous n’avons aucun droit de rejeter leurs directives et
prétendre arbitrairement n’être liés que par des ordres formels à ce sujet. Au
lieu de choisir notre propre voie selon notre bon vouloir, nous devrions
prendre plaisir à marcher dans les pas tracés par ces saints hommes de qui nous
avons reçu
Dans 1 Corinthiens 10.31-11.1, de nouveau Paul encourage
les Corinthiens en leur disant «Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même
de Christ.» Le contexte de ce passage traite de l’importance de chercher les
intérêts des autres, ce qui glorifie Dieu et les amène au salut. Le mot
«imitateurs» (1 Co 11.1), en grec mimatai, qui est la racine du verbe imiter. Paul désirait que les croyants l’imitent à cet
égard. Apparemment les Corinthiens le faisaient très bien puisque dans le
verset suivant il dit «je vous loue de ce que vous vous souvenez de moi en
toutes choses, et de ce que vous gardez les enseignements, comme je vous les ai
donnés.» (1 Co 11.2)
Que veut dire ici «enseignement»? Le mot grec
régulièrement utilisé pour enseigner est didaskalia (base du mot didactique),
mais dans ce passage ce n’est pas le mot utilisé. Au lieu de cela, le mot
paradosis (tradition) est employé ici. Gordon Fee précise que le mot grec pour
tradition, «paradosis», est un terme technique dans le judaïsme pour la
tradition orale de l’institution religieuse. Dans ce contexte, il est certain
que le mot ne se rapporte pas à l’enseignement mais plutôt aux traditions
religieuses concernant le culte[3]. La tradition est
habituellement considérée comme des coutumes ou certaines manières de faire les
choses. C’est un modèle de façon de penser ou d’agir qui nous a été transmis.
Une définition populaire pourrait être «des choses que les gens font
régulièrement». Ce même mot en grec est utilisé sous la forme de verbe dans 1 Corinthiens
11.23 concernant la pratique du Repas du Seigneur (ce que je vous ai transmis).
Le point est que la tradition doit être une chose (habituellement une pratique,
telle que le Repas du Seigneur) qui soit transmise. En 1 Corinthiens 11, nous
voyons l’apôtre louer une église pour son attachement aux traditions.
Considérons le mot “tous” que Paul a utilisé dans 1
Corinthiens 11.2. Il signifie «tout ce qui existe», ou, à tout le moins, «tout
ce qui concerne le sujet». Lorsque Paul a écrit ‘tous’ (1 Co 11.2) quels sujets
avait-il à l’esprit? L’utilisation de ce mot suggère que l’application prévue
par Paul était plus grande que le sujet traité dans 1 Corinthiens 10.31 à 11.1
(l’évangélisation). Se peut-il que le mot “tous” englobe également l’idée de l’ordre
dans l’église? Très certainement! L’éloge que Paul fait au verset 2 lui sert
d’introduction pour parler d’un nouveau sujet: la tête voilée (11.3-16). Ce
nouveau sujet est réellement une pratique de l’église. (Le sujet de ce chapitre
n’est pas de traiter de l’application correcte de ce passage traitant du voile,
mais de souligner que ce qui était approprié pour l’église d’alors l’est encore
pour nous aujourd’hui).
Que suggère l’utilisation de l’expression «telles que»
(11.2) en regard de leur soumission aux traditions de Paul? Ils ont adhéré à
chaque iota: c’était en sorte un genre de photocopie! Il n’y avait aucune
hésitation de leur part. Paul les a félicités parce qu’ils ont gardé les
traditions telles que transmises par lui. Les apôtres ont évidemment établi
certaines traditions pour qu elles soient reproduites telles quelle (par
exemple le voile). Notons que le mot «traditions» est au pluriel. Paul avait à
l’esprit plus que le respect du port du voile[4].
Devons-nous n’obéir qu’a cette tradition seulement, ou devons-nous suivre tous
les modèles traitant de l’organisation de l’église qui se trouve dans les pages
du Nouveau Testament?
La loi mosaïque était, dans sa nature même, un modèle à
suivre (un paradigme) . C’était une jurisprudence.
Seuls quelques exemples de lois ont été prises en note
par Moïse à titre de modèle. On s’attendait à ce que le croyant applique le
modèle à d’autres secteurs de la vie qui ne sont pas spécifiquement mentionnés.
Par exemple, les coins des champs devaient être en partie non moissonnés pour
que les pauvres puissent se nourrir. Rien n’est mentionné quant aux plantations
d’oliviers. Cela veut-il dire que la responsabilité de nourrir les pauvres
n’incombait qu’aux producteurs de blé alors que le producteur d’olives pouvait cueillir
toutes ses olives? Certainement pas. Chaque cultivateur, peu importe sa récolte
devait laisser une partie de sa moisson pour satisfaire les besoins des
pauvres. De même, nous croyons que la tradition apostolique est, dans sa nature
même, un paradigme. Si nous constatons que les apôtres étaient heureux lorsque
les églises suivaient les traditions spécifiques (telles que le port du voile),
alors nous devons nous appliquer à mettre en application le modèle apostolique
dans la mise en place des églises.
Un paradoxe intéressant peut être observé concernant la
tradition. Le mot paradosis utilisé par Paul dans 1 Corinthiens 11.2 est
également utilisé par Jésus dans Matthieu 15.1-3 lorsqu’il dit aux pharisiens
«Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre
tradition?» Jésus a repris les pharisiens à propos de leur tradition alors que
Paul bénit les Corinthiens qui suivent la tradition des apôtres. La tradition
des pharisiens transgressait le commandement de Dieu. La tradition apostolique
par contre se conforme aux commandements de Dieu. Elle respecte les
commandements de Jésus. Donc, l’attachement aux traditions des apôtres est
digne de louange tout comme Paul fait l’éloge des Corinthiens ( 1 Co 11.2). Nous devons être vigilants pour ne pas
développer nos propres traditions d’église qui aurait pour effet de nous
empêcher de faire la volonté de Dieu et de respecter les commandements du
Seigneur.
Paul a évité la controverse concernant le port du voile
en faisant appel à la pratique universelle de toutes les églises. «Si quelqu’un
se plaît à contester, nous n’avons pas cette habitude, non plus que les Églises
de Dieu.» (1 Co 11.16). Cette affirmation met un terme à toute discussion et
insiste sur le fait que Paul s’attendait à ce que toutes les églises fassent
pareillement. De réaliser qu’il n’y avait qu’une seule église qui agissait
différemment de toutes les autres suffit à clore la discussion. De toute
évidence, on avait déjà insisté sur l’importance de la conformité concernant
certaines pratiques dans toutes les églises du Nouveau Testament. Par
conséquent, 1 Co 11:16 réaffirme ce caractère de conformité.
Dans 1 Corinthiens 14.33b-34 (un autre passage traitant
de la pratique de la vie d’église), Paul mentionne un autre élément qui doit
être vrai universellement: «Comme dans toutes les Églises des saints, que les
femmes se taisent dans les assemblées». Indépendamment de l’application que
nous faisons de ce verset, notons que Paul fait encore appel au devoir
d’obéissance au modèle universel qui existe dans toutes les églises.
En conclusion, notons comment Paul réprimande les
Corinthiens en 1 Corinthiens 14.36, «Est-ce de chez vous que la parole de Dieu
est sortie? ou est-ce à vous seuls qu’elle est
parvenue?» La réponse aux deux questions est évidemment: non! Ceci indique de
nouveau une uniformité quant à la pratique parmi les églises du Nouveau
Testament. Les Corinthiens ont été tenté d’agir de
manière différente des autres églises. Évidemment, on s’attendait à ce que
toutes les églises agissent en conformité aux pratiques de réunion d’église.
Ces deux questions ont été soulevées pour amener les Corinthiens à s’aligner
sur toutes les autres églises. L’attachement aux traditions apostoliques (le
modèle d’église du Nouveau Testament) devait avoir un caractère universel et
nous soutenons qu’il doit en être de même aujourd’hui.
Watchman Nee, un croyant chinois a écrit dans son livre
The Church and the Work: Rethinking the Work «Le livre des Actes est la genèse
de l’histoire de l’Église et l’église à l’époque de Paul est la genèse du
travail du Saint-Esprit. Nous devons retourner aux sources. Seul ce que Dieu a
déterminé comme modèle au début de l’Église est la volonté éternelle de Dieu.
Ceci est le standard de Dieu, notre modèle pour toutes les générations. Il a
révélé Sa volonté, non seulement en ordonnant mais aussi en agissant dans Son
Eglise de sorte qu’à travers les siècles de nouveaux croyants pourrons tout
simplement regarder au modèle et reconnaître Sa volonté.[5]
«Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète,
réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur
est proche. Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos
besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de
grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs
et vos pensées en Jésus-Christ.» (Phil 4.4-7). L’idée principale de ce passage
est de se réjouir dans le Seigneur ce qui nous amènera la paix de Dieu
indépendamment des circonstances.
Dans les versets suivants, l’église des Philippiens se
voit donner la recette pour que le Dieu de paix soit avec eux. Ceci peut être
aussi vrai pour les églises d’aujourd’hui. Paul leur dit «Au reste, frères, que
tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce
qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui
est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. Ce que vous avez
appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et
le Dieu de paix sera avec vous.» (Phil 4.8-9).
Les Philippiens ont été enseignés de mettre en pratique
ce qu’ils ont appris, reçu, entendu ou vu de la part de Paul (Phil 4.9). La
première application est d’imiter le modèle d’humilité que Christ nous a
laissé, c'est-à-dire mettre notre prochain en premier et de se réjouir dans le
Seigneur. Par extension, pourrions-nous inclure cette manière d’être que nous
trouvons dans le Nouveau Testament au sujet de l’organisation des églises? La
manière dont les apôtres ont organisé les premières églises est clairement
démontrée dans les Écritures. Dévier de la tradition apostolique à ce sujet est
tout comme passer à coté des bénédictions de Dieu. Serait-il possible que les
communautés chrétiennes qui modelaient leur vie en église sur celle des apôtres
puissent jouir davantage de la paisible présence de Dieu?
En 2 Thessaloniciens 2.15, on demande ceci à l’église de
Thessalonique: «demeurez fermes, et retenez les instructions que vous avez
reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre.» Nous voyons ici que les
Thessaloniciens ont été spécifiquement commandés de garder la tradition des
apôtres qui leur a été communiquée tant oralement que par écrits dans les
Écritures. Aujourd’hui, les douze ne sont plus ici pour nous parler en
personne. Cependant, nous avons les lettres qu’ils ont écrites qui nous font connaître leurs enseignements (le Nouveau Testament).
Le contexte de 2 Thessaloniciens, chap. 2 traite des événements des derniers
jours et non spécifiquement de la pratique de l’église. Pourtant le mot
«enseignements» (traditions) est au pluriel; l’auteur avait à l’esprit beaucoup
plus que la doctrine traitant de la deuxième venue de Christ. Est-ce que ça ne
s’appliquerait pas également aux traditions concernant l’ordre dans l’église
tel que défini dans le Nouveau Testament?
Il est intéressant de remarquer que le mot «traditions»
dans les versions françaises de Darby et Ostervald est traduit par
«enseignements». Ceci s’explique par le fait qu’une tradition (paradosis) peut
inclure un enseignement (didaskalia), et que le contexte immédiat fait allusion
à la tradition orale des apôtres traitant des derniers jours (2 Th 2.1-12).
Cependant, la version Louis Second le traduit par «instruction» et plusieurs
versions anglophones tel que King James, l’American Standard version,
Une attitude semblable est mentionnée dans 2
Thessaloniciens 3.6-7a, «nous vous recommandons, frères, au nom de notre
Seigneur Jésus–Christ, de vous éloigner de tout frère qui vit dans le désordre,
et non selon les instructions que vous avez reçues de nous. Vous savez
vous–mêmes comment il faut nous imiter». Le contexte se réfère spécifiquement
ici à l’attitude à prendre à l’égard d’une personne qui vit dans le désordre et
la paresse. Içi, la tradition fait référence à la pratique plus qu’à une
doctrine. Les apôtres désiraient clairement que les églises suivent leurs
traditions. Devrions-nous ne limiter ces traditions bibliques que nous suivons
présentement qu’à l’eschatologie et à des habitudes de travail?
Roger Willians, fondateur de l’état américain du Rhode
Island et de la première église baptiste en Amérique (vers 1600) est un autres
exemple de leader chrétien qui croyait que les églises devraient s’efforcer de
suivre le plus possible le modèle du Nouveau Testament[6].
Cette conviction de William l’amena à fonder la colonie du Rhode Island sur le
modèle du Nouveau Testament où l’église et l’état sont deux choses séparées.
Comment pourrions-nous conclure à propos du désir de Dieu
concernant l’adhésion de votre église au modèle du Nouveau Testament pour la
pratique de la vie d’église? Ils nous semblent que ce qui a été pratiqué
couramment en matière de vie d’église dans le Nouveau Testament devrait être
pratiqué dans les églises d’aujourd’hui. Ce modèle de pratique de vie d’église
explique peut-être le dynamisme de l’église primitive qui fait cruellement
défaut à l’Église d’aujourd’hui.
Si
Quelles sont les traditions apostoliques évidentes et
bibliques que l’église d’aujourd’hui devrait encore observer? Souvenez-vous, en
lisant l’énumération de celles-ci, qu’elles font consensus dans toutes les
dénominations quant à la façon dont l’église primitive fonctionnait:
1.
Le
Repas du Seigneur qui consiste en un repas fraternel complet (1 Co 11.17-34)
pris hebdomadairement (Actes 20,7 et 1 Co 11.17-22) dont c’était la raison
principale pour se réunir (Actes 20.7 et 1 Co 11.33).
2.
Des
réunions où tous participaient en toute liberté (1 Co 14.26,37,
Hé 10.24-25) avec pour but l’édification, l’encouragement et la communion
fraternelle (Actes 2.42, 1 Co 14.3-5,12,26 Héb 10,24-25.
3.
Gestion
de l’église par consensus: les anciens ne contrôlent pas l’église; ils la
dirigent (Lc 22.24-27 et 1 P 5.1-4). De plus, il doit y avoir plusieurs
anciens, tous des hommes et sans hiérarchie entre eux, issus de l’église locale
et ayant une attitude de serviteur (1 Tim 3.1-7)
4.
Des
églises de dimension familiale où prédomine une attitude d’unité avec les
membres ainsi qu’avec les autres communautés chrétiennes (Ro 16.5, Col 4.15 et
Phlm 2), Il n’y a rien de magique dans le fait de se réunir dans une maison.
C’est ce qui s’y passe qui est important, et ce type d’environnement donne de
bien meilleurs résultats. La norme du Nouveau Testament est d’avoir plusieurs
petites églises plutôt que des grosses églises.
5.
Se
réunir régulièrement le Jour du Seigneur (Mt 28.1-7, Actes 20.7, 1 Co 16.1-4 et
Ap 1.9-11, le premier jour de la semaine en l’honneur de la résurrection de
Jésus.
6.
La
présence des enfants avec leurs parents lors de la réunion d’église (Mt
19.13-15, Lc 2.41-50, Actes 21.5, Ép 6.1-3 et Col 4.16). Ainsi, les églises
favorisent l’union plutôt que la division de la famille.
7.
Une
communauté de croyants enracinés dans leur milieu qui peut facilement avoir une
communion fraternelle quotidienne. (Actes 2.42-47)
8.
Une
église qui se multiplie et qui se forme grâce au ministère d’ouvriers
itinérants tels des apôtres, des docteurs, des pasteurs ou des évangélistes (Ép
4.11-13). De tels ouvriers peuvent s’adresser à des rassemblements beaucoup
plus grands que l’église locale, non pas dans le but de remplacer celle-ci mais
plutôt de la soutenir
Répétons-le, notre but est de plaider pour la conformité
de l’Église. La plupart des églises suivent déjà certaines de ces traditions
mais pas toutes les traditions, hélas!. De nouveau,
nous nous demandons: pourquoi? Le but de notre exposé s’adresse à ceux qui
s’éloignent du modèle néotestamentaire et non pas à ceux qui désirent le
suivre. Cette conformité est particulièrement importante puisque les apôtres
s’attendaient à ce que toutes les églises suivent la tradition tel qu’ils
l’avaient reçue (1 Co 11.2).
Pour que l’église ait un impact dans la société il est
vital qu’elle soit d’abord une église vivante. Jésus est venu afin que nous
ayons la vie, et que nous l’ayons en abondance (Jn 10.10). Une bouteille de vin
a très peu de valeur si elle est vide. De même, la pratique de la vie d’église
sans l’Esprit est une coquille vide. C’est comme du bois sec bien cordé mais
sans feu. Jésus est la vigne, nous sommes les sarments. Sans lui nous ne
pouvons rien faire (Jn 15.15). Il serait insensé de chercher à projeter une
image parfaite à l’extérieur tout en négligeant ce qui est essentiel – une
relation quotidienne avec le Seigneur ressuscité. Jésus est
Une tentation pour ceux qui possèdent réellement la vie
véritable en Jésus est de croire qu’ils sont libres de l’exprimer à leur guise.
Ayant le plus important (le vin) ils se croient assez compétents pour décider
de choses secondaires comme la forme de la bouteille qui doit contenir le vin.
Ils croient que l’Esprit leurs a donné la liberté de déterminer la forme que
doit prendre l’expression de la vie intérieure. D’être liés par la tradition
apostolique est à leurs yeux une manière d’agir comme les singes. Dès que
quelqu’un est en Christ, disent-ils, il est libre de vivre cette vie en Christ
comme bon lui semble. Pourtant, Jésus lui-même nous a mis en garde contre le
danger de mettre le vin dans un contenant inapproprié au risque de perdre le
contenu (Mat. 9:17). Savons-nous mieux organiser l’église que les apôtres? Paul
a spécifiquement dit «Si quelqu’un croit être prophète ou inspiré, qu’il
reconnaisse que ce que je vous écris est un commandement du Seigneur.» (1 Co
14.37)
Y a-t-il des exceptions justifiables aux modèles du
Nouveau Testament ? Oui. A titre d’exemple prenons le sabbat, «Le sabbat a été
fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat» (Mc 2.27). De la même
manière, les gens sont plus importants que l’adhésion ferme et rigide au modèle
du Nouveau Testament. A propos des exceptions, le pasteur Beresford Job de
Londres nous mets en garde en disant «Nous devons nous assurer que nous ne
laisserons pas les exceptions devenir la nouvelle norme à cause de
circonstances particulières. Prenons par exemple le baptême d’eau. Bien que la
façon de faire n’est pas précisément définie dans les Écritures, nous savons
comment l’église primitive le pratiquait (une autre tradition apostolique). C’était
par immersion (c’est ce que signifie le mot grec baptizo). Le baptême dans le
Nouveau Testament se faisait par l’immersion complète du croyant dans l’eau
faisant immédiatement suite à une profession de foi au Seigneur Jésus. Mais
supposons qu’une personne quadraplégique, clouée au lit, vienne au Seigneur. Le
baptême par immersion serait clairement hors de question. Dans cette situation
précise, il serait plus approprié d’envisager un autre mode de baptême. Bien
que non scripturaire, ce serait fait dans le même esprit que celui de la
tradition apostolique. Cependant, rien de ce nous venons de dire peut
s’appliquer au baptême d’une personne bien portante. La manière traditionnelle
serait alors utilisée de façon conforme à la volonté du Seigneur.
Darryl Erkel, ardent défenseur d’un renouveau dans
l’Église a soulevé avec justesse le «danger de faire du modèle du Nouveau
Testament une forme de légalisme qui nous amènerait à nous éloigner de nos
frères dans la foi parce qu’ils ne font pas les choses tout à fait de la
manière que nous jugeons appropriée. Nous devrions toujours faire attention de
ne pas laisser croire à d’autres que leur église est dans l’erreur ou que Dieu
les met à l’écart parce qu’ils ne suivent pas le modèle apostolique. Ce ne
serait que pur orgueil de notre part. Nous devons chercher des occasions pour
démontrer avec respect qu’il y a une meilleure façon de faire – une manière qui
favorise une meilleure croissance spirituelle des enfants de Dieu et que cela
permet un meilleur fonctionnement de l’église en appliquant le modèle de
l’Église du Nouveau Testament.
Si
Il y a une grande différence entre garder la tradition
apostolique et reproduire de manière irréfléchie tout ce que l’on voit dans le Nouveau
Testament (porter des sandales et des toges, écrire sur des parchemins, lire
avec des lampes à l’huile etc.) Le point important est de placer notre
attention sur les pratiques de l’église du Nouveau Testament. Nous devons
également éviter de créer des modèles qui ne se trouvent pas dans le Nouveau
Testament. Prenons par exemple le chapitre 4 des Actes où les chrétiens
mettaient tout en commun. Ce fut un événement unique vécu dans une seule
église. C’est une option pour les croyants de tous âges d’en faire l’expérience
mais ce n’est ni une directive, ni un modèle biblique
· Dieu dirige par le modèle biblique (tradition) aussi
bien que par les principes bibliques (enseignement).
· Les modèles concernant la vie de l’église sont
clairement définis dans le Nouveau Testament et doivent être respectés par les
églises à travers l’histoire.
· La tradition apostolique (tel que décrite dans
· Les plus importantes traditions de la vie d’église du
Nouveau Testament sont le Repas du Seigneur hebdomadaire pris dans le cadre
d’un véritable repas fraternel (1 Co 11), les réunions régulières de l’église
où tous participent (1 Co 14), la gestion de l’église par consensus (les
anciens qui dirigent et non qui imposent leurs règles (Luc 22.24-26) et enfin,
que les rencontres d’église se font dans les maisons (Ro 16.5).
· Suivre le modèle du Nouveau Testament ne signifie pas de
suivre aveuglément la culture romaine (comme porter des toges, écrire sur des
parchemins, s’éclairer avec des lampes à l’huiles, etc…) Ce dont nous parlons
ici c’est de la vie pratique de l’église de maison. Il doit y avoir des raisons
évidentes pour soutenir le principe d’attachement aux traditions apostoliques.
· Suivre le modèle du Nouveau Testament ne veux pas dire
que toutes les églises se doivent d’être identiques. Il doit y avoir, bien sûr,
une liberté à l’intérieur du cadre de base (voir le 4ième point ci-haut).
· Les églises de maison du N.T. ne mettent pas l’emphase
sur les programmes d’enseignement ou sur la construction de bâtiments comme
dans les églises conventionnelles. Pour cette raison, certains ont affirmé de
manière erronée que les églises de maison sont mal organisées. La fidélité au
Seigneur et à sa Parole a comme conséquence l’apparition de groupes de croyants
qui vivent l’église telle que Dieu le veut. Les églises de maison peuvent ne
pas être institutionnelles mais elles se doivent d’être organisées. Suivre les
traditions établies par les apôtres signifie qu’il doit y avoir des
responsables clairement identifiés, des réunions régulières et ordonnées, une
théologie solide et appropriée, une discipline appliquée dans l’église et le repas
du Seigneur célébré à chaque semaine.
· Si Christ n’est pas au centre de la vie d’église, ces
modèles ne sont que légalisme, formules creuses, coquilles vides (Jn 15:5) Nous
avons besoin d’utiliser les outres appropriées pour y mettre le vin, mais plus important
encore, nous avons besoin d’un excellent vin. Cependant, ces deux éléments
fondamentaux doivent agir simultanément car l’un sans l’autre mène à la
catastrophe (Lc 5:36-38).
Souvenons-nous de la citation précédente des professeurs
Fee et Stuart disant que ce qui est simplement relaté ou décrit ne peut jamais
fonctionner d'une manière normative ? Dans la deuxième édition de leur livre,
ils ont légèrement modifié cette affirmation qui se lit maintenant comme suit:
« à moins que les Écritures nous indiquent explicitement que nous devons faire
quelque chose, ce qui est seulement relaté ou décrit ne fonctionne pas d'une
manière normative - à moins qu’on puisse démontrer par des faits nouveaux que
l'auteur voulait qu’il en soit ainsi». Nous avons essayé de démontrer que les
apôtres voulaient en effet que les églises se conforment au modèle de vie en
église qu’ils avaient transmis.
Pour quelle raison la majorité des responsables d’église
n’ont-ils pas choisi de suivre le modèle biblique de l’église primitive? Est-ce
parce qu’après avoir étudié les textes bibliques que nous avons cités ici, ils
ont rejeté la compréhension que nous en avons ? Nous constatons que dans les
séminaires on attache peu d’importance au rôle que devraient jouer les
traditions apostoliques.. Nous croyons que les
pasteurs ont simplement adopté les traditions historiques héritées de leurs
dénominations. Beaucoup d'églises aujourd'hui se sont retranchées dans les
traditions culturelles d'église qui ont été développées après la fin de l'ère
apostolique. Dans tels cas, il y a danger d’invalider la tradition inspirée des
apôtres au profit d’une tradition plus moderne (Mt 15.1-3).
Nous partageons les sentiments de Jim Elliot,
missionnaire et martyr qui a écrit: «le point central de tout ce débat tient à
savoir si Dieu a, oui ou non, révélé un modèle universel pour l’église dans le
Nouveau Testament. Si Dieu ne l’a pas fait, alors n’importe quoi fera
l’affaire, d’abord que cela fonctionne. Mais je suis convaincu que cette
Église, chose si chère au cœur de Christ, Son Épouse, n’aurait pu être laissée
sans instructions explicites quant à son organisation..
Je suis encore plus convaincu que le 20e siècle n’a nullement tenté d’imiter ce
modèle dans sa façon d’amener les gens à vivre l’église Si Dieu a un modèle
pour l’église, il m’incombe de le trouver et de l’établir, quel qu’en soit le
prix».[7]
Steve Atkerson
traduction Sylvain
Bigras
[1] Gordon Fee
& Douglas Stuart, How To Read The Bible For All Its Worth, 1st ed. (Grand
Rapids, MI: Zondervan, 1982), 97
[2] J.L. Dagg, Manual of Theology: A Treatise on Church Order (Harrisonburg,
VA: Gano Books, 1990), 84-86.
[3]Gordon Fee, New International Commentary on the New Testament, The First Epistle to The Corinthians (Grand Rapids, MI: Wm.
B. Eerdmans Publishing Co., 1987), 499.
[4] (Ibid, p. 500).
[5] Watchman Nee, The Normal Christian Church Life
(Colorado Springs, CO: InternationalStudents Press, 1969), 8-9.
[6] Edwin Gaustad,
[7] Elizabeth Elliot, Shadow of The Almighty: Life and
Testimony of Jim Elliot (SanFrancisco, CA: Harper & Row, 1989), 138-139.