Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion  fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières.

 

 

La formation des Églises

Ecrit par J.N. Darby (www.bibliquest.org)

 

 

Texte révisé d’après la seconde édition de 1843 et l’édition anglaise de la même époque.

Les notes de l’éditeur sont en italique. Celles de l’édition originale sont en caractères romains.

Lorsque ces lignes ont été écrites, en 1840, il existait dans tous les pays de la chrétienté une Église nationale, reconnue par l’État et émargeant au budget de l’État catholique dans les pays dits catholiques, protestante dans les pays dits protestants. Dans certains d’entre eux, les deux «religions» coexistaient comme religions d’État. Ce sont les Églises protestantes de cette espèce qui sont désignées sous le nom de «nationalisme» dans cet article. À côté de ces Églises officielles existaient des groupements qui s’en étaient séparés à la suite de circonstances diverses et que l’auteur désigne sous le nom de dissidence ; autant d’Églises portant chacune un titre : Église méthodiste, Église baptiste, etc.

 

Plusieurs chrétiens se sont demandé si les croyants (*) étaient vraiment compétents pour former des Églises, d’après le modèle des Églises primitives, et si la formation de pareilles Églises était maintenant selon la volonté de Dieu.

 

(*) L’auteur a écrit «fidèles», mais par ce terme, on doit comprendre ceux qui ont la foi, qui croient au Seigneur Jésus, les vrais chrétiens. Il a été remplacé par «croyants» partout où il est employé dans ce sens, d’après l’édition anglaise où il est traduit par «believers».

 

On ne peut faire autrement que reconnaître la confusion qui existe dans la chrétienté, et certains estiment que le seul moyen de trouver la bénédiction au milieu de cette ruine est de former et d’organiser des Églises. D’autres pensent qu’une pareille tentative est tout à fait humaine et que, comme telle, il lui manque la première condition d’une bénédiction durable, condition qui est une dépendance entière de Dieu. Cependant, une telle tentative peut être bénie par le Seigneur jusqu’à un certain point à cause de la sincérité et de la vraie piété de ceux qui y prennent part.

Celui qui écrit ces quelques pages, attaché par les liens les plus forts d’affection fraternelle et d’amour en Christ à plusieurs de ceux qui appartiennent à des corps prenant le titre d’Église de Dieu, a soigneusement évité tout conflit avec ses frères sur ce sujet, quoiqu’il se soit souvent entretenu avec eux là-dessus. Il s’est seulement séparé des choses qui s’y trouvaient, quand elles lui apparaissaient contraires à la Parole de Dieu, s’efforçant toutefois «de garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix», et ayant égard à cette parole : «Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil, tu seras comme ma bouche» (Jér. 15:19) ,instruction d’un prix infini dans la confusion actuelle. Son affection n’est pas diminuée ; ses liens ne sont ni rompus ni affaiblis.

Deux choses le contraignent à déclarer ce qui lui semble être la pensée des Écritures sur ce sujet : un devoir envers le Seigneur (et la prospérité de son Église est du plus grand prix), puis un devoir d’amour envers ses frères, amour qui doit être dirigé par la fidélité au Seigneur. Il écrit parce que cette idée de faire des Églises est le véritable obstacle à l’accomplissement du désir de tous, savoir l’union des saints en un seul corps : premièrement, parce que ceux qui l’ont essayé ont dépassé la puissance que l’Esprit leur donnait, et c’est la chair qui a agi en eux ; secondement, parce que ceux qui ont été fatigués du mal du nationalisme, pensant qu’il leur faudrait choisir entre ce mal et ce qui se présente à leurs yeux comme des Églises dissidentes, demeurent où ils se trouvent en désespoir de cause. Il serait, dans la conjoncture présente, étonnant d’affirmer que ces Églises peuvent réaliser cette union ; mais je n’insiste pas sur ce point, de peur de faire de la peine à plusieurs. Je chercherai plutôt à mettre au premier plan les points sur lesquels nous sommes d’accord ; ces points nous fourniront en même temps un jugement clair sur plusieurs systèmes qui existent actuellement, systèmes qui, s’ils ne peuvent pas produire le bien désiré par un grand nombre de frères, laissent à leurs partisans, pour toute consolation et pour toute justification, la pensée que d’autres ne peuvent rien réaliser de plus.

 

 Dessein du Seigneur quant au rassemblement des croyants ici-bas

 

C’est le désir de nos coeurs et ce que nous croyons être la volonté de Dieu dans l’économie (*) présente, que tous les enfants de Dieu soient réunis ensemble comme tels, et par conséquent en dehors du monde. Le Seigneur «allait mourir... non pas seulement pour la nation (les Juifs), mais aussi pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés» (Jean 11:52). Ce rassemblement était donc l’objet immédiat de la mort de Christ. Le salut des élus était aussi certain avant sa venue qu’après. L’économie juive, qui a précédé sa venue dans le monde, avait pour objet, non pas de rassembler l’Église sur la terre, mais de montrer le gouvernement de Dieu par le moyen d’une nation élue. Maintenant, le but du Seigneur est de rassembler aussi bien que de sauver, non pas seulement pour réaliser l’unité dans le ciel, où les desseins de Dieu seront certainement accomplis, mais ici sur la terre, par un seul Esprit envoyé du ciel. Par un seul Esprit nous sommes tous baptisés pour être un seul corps. Cela ne saurait être nié quant à l’Église telle qu’elle nous est présentée dans la Parole. On peut essayer de démontrer que des hypocrites et des méchants se sont glissés dans l’Église ; mais on ne peut échapper à la conclusion qu’il y avait une Église dans laquelle ils se sont glissés. L’union de tous les enfants en un seul corps est évidemment selon la pensée de Dieu dans la Parole.

 

(*) Ce terme désigne ici le dessein de Dieu dans la période chrétienne ; plus loin, il peut désigner aussi la chrétienté, 1’ensemble de ceux qui, à un moment donné, se disent chrétiens, qu’ils soient véritablement croyants ou non. Cet ensemble est alors considéré comme une entité responsable. L’auteur constate que depuis la formation de l’Église à la Pentecôte (Actes 2), cet ensemble a perdu bien des caractères qui faisaient sa beauté et la force de son témoignage au commencement. C’est ce qu’il appelle la chute de l’économie (voir dernière note du point 4.2). Quelques lignes plus bas, l’expression «l’économie juive» désigne, en contraste avec «I’économie chrétienne», la période pendant laquelle le peuple d’Israël a été, jusqu’à Christ placé sous le régime de la loi de Moïse.

 

 

Position du nationalisme sur la réunion des croyants

 

Quant au nationalisme, il est impossible de trouver trace de son existence antérieurement à la Réformation. La seule chose tant soit peu analogue, les privilèges gallicans et le vote par nations dans quelques conciles généraux, en diffère trop pour exiger une discussion.

 

Le nationalisme, c’est-à-dire la division de l’Église en des corps formés de tel ou tel peuple, est une nouveauté qui date de quatre siècles (*), bien qu’il y ait dans ce système de chers enfants de Dieu. La Réformation n’a pas touché directement à la question du vrai caractère de l’Église de Dieu, elle n’a rien fait pour la restaurer selon son état primitif ; elle a fait ce qui est beaucoup plus important, elle a mis en évidence la vérité de Dieu, sur la doctrine du salut des âmes, avec beaucoup plus de clarté et avec un effet beaucoup plus puissant que le réveil moderne. Mais elle n’a pas rétabli l’Église dans ses facultés primitives ; au contraire elle l’a assujettie en général à l’État afin de l’affranchir du pape parce qu’elle estimait l’autorité du pape dangereuse et qu’elle considérait tous les sujets d’un pays comme chrétiens.

 

(*) C’est-à-dire une notion qui n’avait pas été mise en avant jusqu’à la Réformation (vers 1530).

 

Le moyen que des âmes fidèles ont pris pour échapper à cette anomalie a été de se réfugier dans une distinction entre une Église visible et une Église invisible ; mais je lis dans l’Écriture : «vous êtes la lumière du monde».  Quelle est la valeur d’une lumière invisible ? «Une ville située sur une montagne ne peut être cachée» (Matt. 5:14) . Dire que la vraie Église est réduite à être invisible, c’est juger toute la question, et affirmer que l’Église a entièrement perdu sa position primitive (*) et nécessaire, et qu’elle est dans un état d’apostasie, c’est-à-dire qu’elle s’est départie de l’intention de Dieu et de la constitution qu’elle avait reçue de Lui ; car Dieu n’a pas allumé une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le pied de lampe afin qu’elle luise pour tous ceux qui sont dans la maison. Si elle est devenue invisible, elle a cessé de produire l’effet pour lequel elle a été formée, elle est apostate. Tel est d’après son propre témoignage, l’état public du christianisme.

 

(*) Cette phrase décrit ce que l’auteur appelle ailleurs dans ce texte : l’état de chute de l’économie présente.

 

 

 Position de la dissidence sur la réunion des croyants

 

Nous sommes donc d’accord que le rassemblement de tous les enfants de Dieu en un est selon l’intention du Seigneur exprimée dans sa Parole. Mais, je le demande en passant, peut-on croire que les Églises dissidentes, telles qu’elles existent dans quelque pays que ce soit, aient atteint ce but ou qu’il soit probable qu’elles l’atteindront ?

Cette vérité de l’unité des enfants de Dieu, l’Écriture la présente réalisée en différentes localités ; et dans chaque localité les chrétiens qui s’y trouvaient formaient un seul corps. Les Écritures sont parfaitement claires à ce sujet. On a soulevé des objections sur la possibilité de cette unité, mais on ne présente rien qui soit tiré de la Parole. On dit : comment cela serait-il possible à Londres ou à Paris ? Cela était possible à Jérusalem, où il y avait plus de cinq mille croyants ; et s’ils se réunissaient dans des maisons et des chambres particulières, ils n’en étaient pas moins un seul corps dirigé par un seul Esprit, par une seule règle de gouvernement, dans une seule communion, et reconnu tel. Ainsi à Rome ou ailleurs, une épître adressée à l’Église de Dieu serait parvenue à un corps connu.

Ayant reconnu ces vérités importantes, savoir

·     l’union de tous les enfants de Dieu,

·     l’union de tous les enfants de Dieu dans un même endroit ;

ayant reconnu en outre qu’elles sont mises en évidence dans la Parole de Dieu, la question semblerait résolue. Mais allons plus loin : On ne peut pas nier que ce fait, constaté par la Parole de Dieu (car c’est un fait et non pas une théorie), a cessé d’exister ; et la question à résoudre est celle-ci : comment un chrétien doit-il juger et agir quand un état de choses décrit dans la Parole a cessé d’exister ? Vous me dites : le rétablir. Votre réponse est une preuve du mal, et elle suppose une puissance en nous-mêmes. Comprenez la Parole et obéissez-lui en tant qu’elle s’applique à un pareil état de chute. Ce que vous me répliquez suppose deux choses :

1° que c’est la volonté de Dieu de rétablir de nouveau cette économie (*) après qu’elle a manqué ;

2° que vous êtes capables de le faire et envoyés pour cela. Je doute de l’une et de l’autre de ces assertions.

 

(*) voir note du point 4.1 ; ici il s’agit de la chrétienté, considérée comme entité responsable.

 

Je suppose un cas. Dieu a fait l’homme innocent ; Dieu a donné à l’homme Sa loi. Chaque chrétien confessera que le péché est un mal et qu’on ne doit pas le commettre. Supposons que quelqu’un, convaincu de cette vérité, entreprenne d’accomplir la loi, d’être innocent et de plaire ainsi à Dieu. Vous direz aussitôt : il est dans sa propre justice, se fie à ses propres forces et ne comprend pas la Parole de Dieu. Un retour, du mal qui existe à ce que Dieu avait d’abord établi, n’est donc pas toujours une preuve que l’on a compris sa Parole et sa volonté ; cependant, reconnaître que ce qu’Il a primitivement établi était bon et que nous nous en sommes éloignés est évidemment, du moins, un jugement sain.

Appliquez ceci à l’Église. Nous reconnaissons tous que Dieu a formé des Églises ; nous reconnaissons que les chrétiens ou, en un mot, l’Église en général, se sont tristement éloignés de ce que Dieu avait ainsi établi, et qu’ils sont coupables en cela. Entreprendre de tout rétablir sur ses bases primitives, c’est peut-être un effet du même esprit qui conduit un homme à rétablir sa propre justice quand elle est perdue.

Avant de pouvoir accéder à vos prétentions, il est nécessaire que vous me fassiez voir non seulement que primitivement l’Église était telle, mais en outre, que c’est la volonté de Dieu qu’elle soit rétablie dans sa gloire primitive, aujourd’hui que l’iniquité de l’homme a gâté tout cela et s’en est éloignée ; et de plus, pour en venir à des faits, que l’union de deux ou trois, ou de vingt-deux ou de vingt-trois chrétiens, a le droit dans une localité de s’appeler l’Église de Dieu, alors que celle-ci est l’ensemble de tous les croyants. Il faut que vous me montriez en outre, que vous avez reçu de Dieu la mission et le don de rassembler les croyants avec une autorité telle que vous puissiez traiter ceux qui ne répondent pas à votre appel comme des schismatiques condamnés d’eux-mêmes et comme des étrangers à l’Église de Dieu.

Et ici, permettez-moi d’insister sur un point très important, qui a été perdu de vue par ceux qui veulent à tout prix faire des Églises. Ils ont été préoccupés des Églises de manière à perdre presque de vue l’Église. Selon les Écritures, la totalité des Églises (*) formait l’Église sur la terre ; et l’Église d’un endroit donné n’était que l’association régulière de ce qui formait une partie de tout le corps de l’Église, c’est-à-dire de tout le corps de Christ ici-bas ; et celui qui n’était pas de l’Église, dans l’endroit où il se trouvait, n’était pas du tout de l’Église de Christ ; et celui qui dit que je ne suis pas membre de l’Église de Dieu à R..., n’a pas le droit d’admettre que je sois du tout membre de l’Église de Dieu. Il n’y avait point une semblable séparation d’idées entre de petites églises de Dieu dans un endroit donné, et toute l’Église. Chacun était dans une Église, et ainsi dans l’Église ; mais personne ne se figurait être de l’Église s’il n’était d’une Église locale. Seul le système de faire des Églises a séparé ces deux choses, et presque détruit l’idée de l’Église de Dieu en faisant des Églises partielles en différents endroits (**).

 

(*) Ou plutôt : des chrétiens dont les Églises sont constituées.

(**) Par une heureuse inconséquence ceux qui font ces églises de Dieu en différentes localités considèrent toutefois les croyants qui n’en font pas partie comme étant pleinement de l’Église de Dieu.

 

Je reviens au cas de l’homme dont il a été question plus haut. Supposons maintenant que sa conscience soit touchée et vivifiée par l’Esprit de Dieu : quel en sera l’effet ? Ce sera en premier lieu de lui faire reconnaître son état de ruine provoquée par le péché, et la nullité de son innocence et de sa justice ; en second lieu, un sentiment de dépendance entière de Dieu et de soumission du coeur au jugement de Dieu en un pareil état.

Appliquez cela à l’Église et à toute l’économie. Pendant que les hommes dormaient, l’ennemi a semé de l’ivraie (Matt. 13:25). L’Église est dans un état de ruine, plongée et perdue dans le monde, invisible si vous voulez, tandis qu’elle devrait présenter, comme une lampe, la lumière de Dieu. Si elle n’est pas dans un état de ruine, je dis à nos frères dissidents : Pourquoi l’avez-vous quittée ? Et si elle y est : Reconnaissez donc cette ruine, cette apostasie, ce départ de son premier état. Hélas ! cela est trop évident. Abraham peut recevoir des serviteurs, des servantes, des boeufs, des chameaux, des ânes, mais son épouse est dans la maison de Pharaon (Gen. 12:16) .

Quel est donc l’effet de l’opération de l’Esprit, le fruit de la foi ? C’est de reconnaître cet état de ruine, d’en avoir conscience, d’en être humilié. Et nous, qui en sommes coupables, nous prétendrions restaurer tout cela ? Non, ce serait une preuve que nous n’en sommes pas humiliés. Cherchons plutôt, cherchons avec humilité ce que Dieu nous dit dans sa Parole d’un pareil état de choses, et ne faisons pas comme un enfant qui, après avoir brisé un vase précieux, essaierait d’en réunir les débris et de le rétablir afin de soustraire le mal à la vue d’autrui.

 

 Dans l’état de chute de l’économie actuelle, l’homme peut-il la rétablir dans son ancien état ?

 

J’insiste là-dessus auprès de ceux qui s’efforcent d’organiser des Églises. Si elles existent, ils n’ont pas à en faire. Si, comme ils l’affirment, elles existaient au commencement et qu’elles aient cessé d’exister, dans ce cas l’économie est dans un état de ruine et d’apostasie de son état primitif. Ils entreprennent donc de la rétablir ; c’est là ce qu’il faut justifier, sinon leur entreprise n’a aucun fondement. On objectera que l’Église ne peut pas manquer, et que Dieu lui a promis que les portes du hadès ne prévaudraient point contre elle. J’en conviens, si l’on entend par-là que le salut des élus est assuré, que la gloire de l’Église ressuscitée triomphera de Satan. Ce n’est pas là ce dont il s’agit. Le salut des élus était également assuré avant qu’il y eût une Église assemblée. D’un autre côté, si l’on veut affirmer que l’économie actuelle ne peut pas faillir, on est dans une grande et pernicieuse erreur. Et, s’il en est ainsi, pourquoi donc vous êtes-vous séparé de l’état où elle se trouve ? Si l’économie de Dieu, dans le rassemblement de l’Église ici-bas, subsiste sans avoir déchu, pourquoi faites-vous des Églises nouvelles ? Le papisme seul est conséquent sur ce point.

Mais que dit la Parole ? Que l’apostasie doit arriver avant le jugement ; que dans les derniers jours des temps fâcheux surviendront ; qu’il y aura la forme de la piété, mais que la puissance en sera ôtée (2 Tim. 3:5). Elle ajoute : Détourne-toi de telles gens. Et l’idée que l’économie de l’Église ne peut pas déchoir est traitée, en Romains 11, comme une fatale présomption qui conduit les Gentils à leur ruine. Le Saint Esprit condamne ceux qui ont cette idée comme sages à leurs propres yeux, et Il nous enseigne au contraire que Dieu agirait envers la présente économie exactement comme envers celle qui l’a précédée ; que si elle persévère dans la bonté de Dieu, cette bonté continuera à son égard, sinon l’économie sera retranchée. La Parole nous révèle ainsi le retranchement et non le rétablissement de l’économie, si elle ne persévérait pas. Et, former de nouveau l’Église et des Églises sur le pied où elles se trouvaient au commencement, c’est reconnaître la chute, sans se soumettre au témoignage de Dieu sur ses propres pensées quant à cet état de chute. C’est agir selon ses propres pensées à soi, et se fier à ses propres forces pour les réaliser. Et quel en a été le résultat ?

Ce qui est en question, ce n’est pas de savoir s’il existait de pareilles Églises à l’époque où la Parole a été écrite ; mais si, après qu’elles ont cessé d’exister, à cause de l’iniquité de l’homme, et que les croyants ont été dispersés (et ce sont là des faits reconnus), ceux qui ont entrepris l’oeuvre apostolique de leur rétablissement sur la base originelle et par là même du rétablissement de toute l’économie, ont compris la pensée de Dieu, et sont doués de la capacité de remplir la tâche qu’ils se sont imposée : questions fort distinctes. Je ne crois pas que ni le plus zélé de ceux qui, avec un désir dont je reconnais la sincérité (et David a été sincère dans son désir de bâtir le temple, quoique ce ne fût pas la volonté de Dieu, 1 Chr. 17:4), ont cherché à rétablir l’économie déchue, ni tous ceux qui l’ont voulu ensemble, soient en état de le faire ou qu’ils aient le droit d’imposer à ma foi, comme Église de Dieu, les petits édifices qu’ils ont élevés. Néanmoins je suis bien loin de croire qu’il n’y a pas eu d’Églises, lorsque Dieu avait envoyé ses apôtres dans le but de les établir ; et il me semble que celui qui ne peut distinguer ces deux états de choses, n’a pas un jugement très clair dans les choses de Dieu.

 

  Si l’économie ne peut être restaurée, que reste-t-il à faire ?

 

On dira que la Parole et l’Esprit demeurent avec l’Église : cela est vrai, Dieu en soit béni ! C’est ce qui me donne toute ma confiance. S’appuyer là-dessus, voilà ce que l’Église a besoin d’apprendre. C’est pourquoi je demande ce que la Parole et l’Esprit disent de l’état de l’Église déchue, au lieu de prétendre m’arroger la compétence d’accomplir ce que l’Esprit a dit de l’état primitif de l’Église. Ce dont je me plains, c’est qu’on ait suivi des pensées d’hommes, en imitant ce que l’Esprit décrit comme ayant existé dans l’Église primitive, au lieu de rechercher ce que la Parole et l’Esprit ont dit de notre état actuel. La même Parole, le même Esprit qui, par Ésaïe, dirent aux habitants de Jérusalem de demeurer tranquilles et que Dieu les garantirait de l’Assyrien (Ésaïe 37:35) , dirent par Jérémie que celui qui sortirait vers les Chaldéens sauverait sa vie (Jér. 21:9). Ce que la foi et l’obéissance faisaient dans un de ces cas étaient une présomption et une désobéissance dans l’autre. Quelqu’un objectera que cela embrouille les simples ; mais l’obéissance à la Parole dans l’humilité n’apporte jamais de confusion, et je répondrai que ceux qui veulent réorganiser toute l’Église, doivent être bien instruits dans la Parole et s’abstenir de prétexter cette simplicité. J’ajouterai que l’humilité, qui aurait senti le véritable état de l’Église, aurait été gardée d’une prétention qui pousse dans une activité mal fondée. La vérité est que les Écritures, même celles qui ont déjà été citées, démontrent que l’état de l’économie, à sa clôture, sera entièrement opposé à celui du commencement. Et le passage cité de l’épître aux Romains (11:22) est formel sur ce point, que Dieu retrancherait l’économie au lieu de la rétablir, si elle ne persévérait pas dans la bonté de Dieu. Le passage : «Mon Esprit demeure au milieu de vous ; ne craignez point» (Aggée 2:5) est un principe très sûr et très précieux. La présence du Saint Esprit est la clef de voûte de toute notre espérance. Mais cet encouragement prophétique d’Aggée n’a jamais conduit Néhémie, fidèle à Dieu lors du retour d’Israël de la captivité, à prétendre accomplir l’oeuvre de Moïse, qui avait été fidèle dans toute sa maison (Héb. 3:2) au commencement de cette économie-là. Non, il reconnaît dans les termes les plus clairs et les plus touchants, l’état déchu d’Israël, et «qu’il était dans une grande détresse» (Néh. 9:37) . Il fait tout ce que la Parole l’autorise à faire dans les circonstances où il se trouvait placé ; mais il n’a jamais prétendu faire une arche de l’alliance, comme Moïse l’avait faite et parce que Moïse l’avait faite, ni établir la Schechina (*), ce que Dieu seul pouvait faire, ni les Urim et les Thummim (**), ni arranger les généalogies aussi longtemps que les Urim et les Thummim manquaient. Mais il nous est dit qu’il a joui de bénédictions dont on n’avait pas joui depuis le temps de Josué (Néh. 8:17), parce qu’il a été fidèle à Dieu dans les circonstances dans lesquelles il était placé, sans prétendre refaire ce que Moïse avait fait et que le péché d’Israël avait défait. S’il l’avait fait, cela aurait été confiance humaine et non pas obéissance. L’obéissance, et non l’imitation des apôtres, voilà sur ce point notre devoir. C’est beaucoup plus humiliant, mais c’est aussi beaucoup plus sûr ; et voilà tout ce que je cherche, tout ce que je demande, c’est que l’Église soit plus humble. Se contenter du mal comme si nous ne pouvions rien faire, ce n’est pas là l’obéissance ; mais imiter les apôtres ce n’est pas obéir non plus. La conviction de la présence du Saint Esprit nous délivre en même temps de la mauvaise pensée d’être forcés de demeurer dans le mal, et de la prétention de faire au-delà de ce que le Saint Esprit opère dans ce moment, ou de considérer comme un état d’ordre l’une ou l’autre de ces positions.

 

(*) La Schechina était cette gloire de l’Éternel qui remplissait l’intérieur du tabernacle, tandis qu’extérieurement la nuée se tenait dessus (Ex. 40:34, voyez aussi 1 Rois 8:10, 11).

(**) Les Lumières et les Perfections sur le pectoral du jugement (Ex. 28:15-21, 30 ; Néh. 7:64, 65).

 

On me demandera : Voulez-vous que nos bras restent inactifs et que nous soyons réduits à ne rien faire jusqu’à ce que nous ayons des apôtres ? Nullement. Je doute seulement qu’il soit dans la volonté de Dieu que vous fassiez ce que les apôtres ont fait ; et je dis que Dieu a laissé aux chrétiens fidèles des directions suffisantes pour l’état de choses dans lequel l’Église se trouve. Suivre ses directions, c’est obéir bien plus réellement que si l’on essaie d’imiter les apôtres.

 

Directions du Saint Esprit pour l’état actuel des choses

 

En outre, je dis que l’Esprit de Dieu est toujours présent pour nous fortifier dans cette voie de véritable obéissance. L’Esprit de Dieu, qui a prévu tout ce qui arriverait à l’Église, a donné dans la Parole les avertissements et en même temps les secours nécessaires. S’il nous avertit que des temps fâcheux surviendront dans les derniers jours, et s’il nous dépeint les hommes de ces temps-là, il ajoute : Détourne-toi de telles gens. S’il nous dit : «Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules» (2 Cor. 6:14) , et cet avertissement est pour tous les temps ; s’il nous dit que nous sommes tous un seul corps en tant que participants à un seul pain (1 Cor. 10:17), et que néanmoins je ne trouve pas une pareille union des saints, il me dit, en même temps, que là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus, Il est au milieu d’eux (Matt. 18:20) .

Ceux qui ont voulu constituer des Églises paraissent, quoique avec un bon désir, avoir entièrement oublié que nous avons besoin de puissance aussi bien que de direction. Quand on nous dit que toutes les directions pour les Églises sont pour tous les temps et tous les lieux, je demande si elles sont pour des temps et des lieux où les Églises n’existent pas. Et nous revenons toujours à cette question : Si l’économie est dans un état de chute, qui doit faire des Églises ? Encore une fois, la direction que l’apôtre donne sur l’usage du don des langues, est-elle pour ces temps-ci ? Sans doute si ce don existe ; mais cette condition est certainement une modification très importante de votre règle, et c’est le pivot sur lequel roule la question.

 

 La Parole autorise-t-elle à nommer des présidents ou des pasteurs ?

 

Ceux qui tiennent si fort à faire et à organiser des Églises citent les épîtres à Timothée et à Tite, avec la plus parfaite confiance, comme servant de direction aux Églises dans tous les âges, tandis qu’elles n’ont été adressées à aucune Église quelconque ; il est à remarquer que les citations de la Parole de Dieu sur les sujets qui importent le plus à ceux qui organisent des Églises, tels que le choix des anciens, des diacres, etc., ne peuvent se tirer que de ces épîtres seules ; et il est assez remarquable que ces compagnons de l’apôtre, qui avaient sa confiance, aient été laissés dans les églises ou envoyés vers elles, lorsqu’elles existaient déjà, pour y faire ces choix ; démonstration évidente que l’apôtre ne pouvait conférer aux Églises le pouvoir de choisir leurs anciens, même quand il existait des Églises qu’il avait formées lui-même ; et néanmoins, cela nous est présenté comme des directions pour les Églises dans tous les âges.

 

4.8 Se réunir en comptant seulement sur la promesse du Seigneur

 

En vue de quoi ai-je donc plaidé ? Afin qu’on ne fasse rien ? Non ; mais dans le désir qu’on ait moins de présomption, qu’on mette plus de modestie dans ce que nous prétendons faire, qu’on sente plus de douleur de l’état de ruine auquel nous avons réduit l’Église.

Si vous me dites : j’ai quitté le mal que ma conscience désapprouve et qui est contraire à la Parole, c’est très bien. Si vous insistez sur le fait que la Parole de Dieu veut que les saints soient un et ensemble, sur sa promesse que là où deux ou trois sont réunis au nom du Seigneur Jésus, Il est au milieu d’eux, et que par conséquent vous vous réunissez ensemble, je le répète, c’est très bien. Mais si vous me dites que vous avez organisé une Église, ou que vous vous êtes joint à d’autres pour le faire, que vous avez choisi un président ou un pasteur, et qu’ainsi vous êtes l’Église de Dieu de l’endroit, je vous demanderai : chers amis, qui vous a autorisés à faire tout cela ? D’après votre principe même d’imitation (quoique imiter la puissance soit une idée assez ridicule, et le royaume de Dieu est en puissance) où trouvez-vous tout cela dans la Parole ? Je n’y vois pas trace que des Églises aient élu des présidents ou des pasteurs. Vous dites que, pour l’ordre, il doit en être ainsi. Je réponds : Je ne puis pas quitter la Parole ou m’en éloigner. «Celui qui n’assemble pas avec moi, disperse» (Matt. 12:30) . Dire que cela doit être, c’est faire uniquement un raisonnement humain. Votre ordre, étant constitué par la volonté de l’homme, sera bientôt trouvé désordre devant Dieu. S’il n’y en a que deux ou trois réunis au nom de Jésus, Il s’y trouvera. Si Dieu suscite au milieu de vous des pasteurs, ou s’Il vous en envoie, c’est bien, c’est une grande bénédiction. Mais, depuis le jour où le Saint Esprit a formé l’Église, on ne trouve pas dans la Parole que l’Église en ait choisi.

Que doit-on donc faire ? me direz-vous. Ce que la foi fait toujours, c’est-à-dire reconnaître sa faiblesse et se mettre sous la dépendance de Dieu. Dieu suffit dans tous les temps à son Église. Il est de toute importance que notre foi tienne ferme cette vérité que, quelle que soit la ruine de l’Église sur la terre, il y a toujours en Christ toute la grâce, la fidélité et la puissance qu’exigent les circonstances dans lesquelles l’Église se trouve. Il ne manque jamais. Si vous n’êtes que deux ou trois qui avez la foi pour cela, réunissez-vous : vous trouverez Christ au milieu de vous. Invoquez-le. Il peut susciter tout ce qui est nécessaire pour la bénédiction des saints, et certainement Il le fera. Ce n’est pas l’orgueil et la prétention d’être quelque chose, quand nous ne sommes rien, qui nous assurera la bénédiction. En combien d’endroits n’a-t-on pas nui à la bénédiction des saints en choisissant des présidents et des pasteurs ? En combien d’endroits les saints ne se seraient-ils pas réunis avec joie en vertu de la promesse faite par Christ à deux ou trois, s’ils n’avaient pas été effrayés par cette prétendue nécessité d’organisation et par des accusations de désordre (comme si l’homme était plus sage que Dieu), et si cette frayeur ne leur eût pas fait continuer un état de choses qu’ils reconnaissaient être mauvais ? La constitution de ces corps organisés n’empêche nullement la domination d’un seul homme, ou la lutte entre plusieurs ; elle tend plutôt à la provoquer.

Ce dont l’Église a tout particulièrement besoin, c’est du sentiment de sa ruine et de ce qui lui manque. Ce sentiment la fait se réfugier vers Dieu avec confession et se séparer de tout mal connu, reconnaître l’autorité de Christ comme de Celui qui domine comme Fils sur sa propre maison, et l’Esprit de Dieu comme le seul gouvernement dans l’Église. En le faisant, l’Église reconnaît aussi chacun de ceux qu’Il envoie selon le don qu’il a reçu, et cela avec actions de grâces envers Celui qui, par ce don, rend tel ou tel frère le serviteur de tous.

Reconnaître le monde comme étant l’Église ou prétendre rétablir l’Église, ce sont deux choses également condamnées par la Parole et dépourvues de son autorité.

Quand vous me dites : Qu’y a-t-il donc à faire ? Je réponds : Pourquoi songez-vous toujours à faire quelque chose ? Reconnaître le péché qui nous a conduits où nous sommes, nous humilier complètement devant le Seigneur, et, nous séparant de tout ce que nous savons être mauvais, nous appuyer sur Lui qui est capable de faire tout ce qui est nécessaire pour notre bénédiction, sans que nous prétendions nous-mêmes faire au-delà de ce que la Parole nous autorise à essayer ; voilà une position très humble, il est vrai, mais bénie de Dieu en proportion.

Un point de la plus grande importance, que ceux qui veulent organiser des Églises paraissent avoir complètement oublié, c’est que la puissance est quelque chose de réel, et que le Saint Esprit seul a la puissance de rassembler et d’édifier l’Église. Ils paraissent croire que du moment qu’ils ont quelques passages de la Parole, ils n’ont rien à faire qu’à les suivre ; mais sous l’apparence de la fidélité, il y a en ceci une erreur funeste, c’est de laisser de côté la présence et la puissance du Saint Esprit. Nous ne pouvons suivre la Parole que par la puissance de Dieu. Or, la constitution de l’Église a été un effet direct de la puissance du Saint Esprit. Laisser de côté cette puissance et garder la prétention de copier l’Église primitive, c’est s’abuser étrangement soi-même.

Je sais que ceux qui considèrent ces corps organisés comme l’Église de Dieu, ne voient que des assemblées d’hommes dans toute autre réunion d’enfants de Dieu. Il y a une réponse très simple à cet égard. Ces frères n’ont aucune promesse qui les autorise à refaire les Églises de Dieu quand elles sont déchues ; tandis qu’il y a la promesse positive que là où deux ou trois sont réunis au nom de Jésus, Il est là au milieu d’eux. Ainsi il n’y a point de promesse en faveur d’un système par lequel des hommes organisent des Églises, tandis qu’il y en a pour le rassemblement méprisé des enfants de Dieu.

Et quel est l’effet des prétentions de ces corps ? De dégoûter et de repousser ceux qui comparent ces prétentions avec la réalité. Ainsi des multitudes d’âmes sont séparées les unes des autres par les diverses vues et opinions de ceux qui les forment, et cela empêche le résultat désiré qui est la réunion des enfants de Dieu. En telle ou telle localité, les dons du pasteur peuvent produire beaucoup d’effet ; ou il peut arriver que tous les chrétiens soient unis et il y aura beaucoup de joie, mais la même chose aurait lieu quand même il n’y aurait aucune prétention à être l’Église de Dieu.

 

 Résumé de ce qui précède

 

Je termine par quelques propositions.

1° Ce qu’il y a à désirer, c’est le rassemblement de tous les enfants de Dieu.

2° La puissance du Saint Esprit peut seule l’effectuer.

3° Un nombre quelconque de croyants n’a pas besoin d’attendre que cette puissance produise l’union de tous (pourvu qu’ils agissent dans l’esprit d’unité qui, réalisé, unirait le corps entier de Christ), parce qu’ils ont la promesse que là où deux ou trois sont assemblés au nom du Seigneur, Il sera au milieu d’eux ; et deux ou trois peuvent compter sur cette promesse.

4° La nécessité de la consécration pour l’administration de la Cène ne se trouve pas dans le Nouveau Testament ; et il est évident que c’était pour rompre le pain que les chrétiens se réunissaient le jour du Seigneur (Actes 20:7 ; 1 Cor. 11:20, 33) .

5° Être envoyé de la part des hommes pour prêcher l’Évangile est une chose inconnue au Nouveau Testament.

6° Le choix des présidents et des pasteurs par l’Église est aussi étranger au Nouveau Testament. Choisir un président est un acte purement humain, sans autorisation quelconque ; c’est se mêler de l’Église de Dieu de notre propre chef, sans autorité ; acte qui fourmille de mauvaises conséquences. Choisir des pasteurs est un empiétement dangereux sur l’autorité du Saint Esprit qui donne à qui il veut. Malheur à celui qui ne profite pas du don que Dieu accorde à un autre ! Quand les anciens étaient nommés, ils étaient établis ou par les apôtres ou par ceux qui étaient envoyés de leur part aux Églises. Si l’Église est dans un état de ruine, Dieu suffit même pour cet état de ruine ; Dieu conduira et dirigera ses enfants s’ils marchent dans l’humilité et dans l’obéissance, sans prétendre faire ce que Dieu ne les a pas appelés à faire.

7° C’est évidemment le devoir d’un croyant de se séparer de toute pratique qu’il constate ne pas être selon la Parole (quoique supportant celui qui le fait encore par ignorance) ; et même il le doit, malgré l’isolement où le mettrait sa fidélité, alors même qu’il devrait, comme Abraham, sortir sans savoir où il va.

Mon objet dans ces quelques pages n’a été de démontrer ni l’état de ruine de l’Église, ni l’impossibilité que l’économie présente soit restaurée, mais plutôt de poser une question qui d’ordinaire est entièrement faussée par ceux qui veulent organiser des Églises.

J’ajoute quelques passages :

1. La parabole de l’ivraie du champ est un jugement du Seigneur sur ce point, que le mal opéré par Satan dans le champ où la bonne semence avait été répandue ne serait pas détruit, mais qu’il continuerait jusqu’à la moisson. Qu’on se souvienne qu’il n’est pas du tout question ici de la discipline parmi les enfants de Dieu, mais du remède apporté au mal fait par Satan à l’économie elle-même, pendant que les hommes dormaient, et du rétablissement de l’économie sur son ancienne base. Cette question est résolue nettement et avec autorité par le Seigneur d’une manière négative ; car Il dit que, pendant la durée de l’économie, il ne sera pas porté remède au mal ; que la moisson, c’est-à-dire le jugement, l’extirperait et que jusqu’alors le mal continuerait. Souvenons-nous ici que notre séparation du mal et notre jouissance de la présence de Christ avec deux ou trois est tout autre chose que la prétention de rétablir l’économie, maintenant que le mal l’a envahie. L’une de ces choses est en même temps un devoir et un privilège ; l’autre c’est de l’orgueil et le mépris des instructions de la Parole.

2. Le chapitre 11 des Romains déjà cité déclare expressément que l’économie actuelle sera traitée comme la précédente ; et que si elle ne persévérait pas dans la bonté de Dieu, elle serait retranchée et non pas rétablie.

3. Le chapitre 2 de la seconde épître aux Thessaloniciens nous déclare que le mystère d’iniquité opérait déjà, et que lorsqu’un obstacle qui existait alors serait ôté, le méchant serait révélé ; que le Seigneur le consumera par le souffle de sa bouche, et l’anéantira par l’apparition de sa venue. Ainsi le mal, qui avait commencé du temps des apôtres, devait continuer, mûrir, être manifesté et consumé par l’avènement du Seigneur.

4. Le chapitre 3 de la seconde épître à Timothée nous enseigne la même chose, c’est-à-dire la chute de l’économie et non son rétablissement, et que, dans les derniers jours, des temps fâcheux surviendraient ; que les hommes seraient égoïstes (et le Saint Esprit ajoute : détourne-toi de telles gens) ; que les hommes méchants et séducteurs iraient toujours en empirant, séduisant et étant séduits.

5. Jude nous montre aussi que le mal, qui s’était déjà glissé dans l’Église, devait être l’objet du jugement à la venue du Seigneur. Comparez les versets 4 et 14. Et cette vérité pénible est confirmée par l’analogie de toutes les voies de Dieu avec les hommes, savoir : que l’homme a gâté et corrompu ce que Dieu lui avait donné pour sa bénédiction, et que Dieu n’a jamais réparé le mal, mais qu’Il a introduit quelque chose de meilleur après avoir jugé l’iniquité. Et cette chose meilleure a été gâtée à son tour, jusqu’à ce que la bénédiction éternelle arrive. Quand l’économie a été une révélation faite aux pécheurs, Dieu a rassemblé un petit résidu de fidèles parmi les infidèles, et les a transportés dans la nouvelle bénédiction qu’Il a établie à la place de ce qui a été gâté ; par exemple le résidu des Juifs dans l’Église, et ainsi de suite. Dans le passage de Romains 11, le Saint Esprit nous enseigne que le Seigneur agira de la même manière avec l’économie actuelle.

6. La même chose se trouve dans l’Apocalypse. Aussitôt que les choses qui sont, savoir les sept Églises, sont closes, le prophète est enlevé au ciel et ce qui suit n’est pas une église reconnue, mais la Providence de Dieu dans le monde.

 

Je n’ai donné ici que quelques citations positives. Mais plus on étudie la Parole de Dieu, plus cette vérité solennelle s’y trouve confirmée. Je dis donc : Faites tout ce que vous pouvez, mais ne prétendez pas faire des choses qui dépassent ce que le Seigneur vous a donné, et ne faites pas paraître ainsi les prétentions et la faiblesse de la chair. L’humilité de coeur et d’esprit est le sûr moyen de ne pas être trouvé combattant contre la vérité ; car Dieu fait grâce aux humbles. Que son nom de grâce et de miséricorde soit éternellement béni !

 

 

 

 

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